Mardi 30 September 2014
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Les Frères musulmans dans l'impasse

Les Frères musulmans dans l'impasse
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Entretien en deux parties avec Haoues Seniguer, spécialiste de l'islamisme, docteur en science politique, chercheur associé au GREMMO et enseignant de science politique à l'IEP de Lyon.

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Les islamistes, que ce soit en Tunisie ou en Égypte, ont remporté, démocratiquement, les élections de l'ère post Ben Ali et Moubarak. Nul ne le conteste, sauf les nostalgiques invétérés des régimes autoritaires ou les culturalistes, qui jugent les Arabes toujours aussi immatures pour la démocratie. L'Histoire est en train de se faire, la construction d'un ordre politique démocratique est toujours lente, contradictoire et douloureuse, l'Occident devrait s'en souvenir.Mais, faut-il pour autant renoncer au "consensus par confrontation" pour reprendre la terminologie du philosophe français Jean-Marc Ferry, lequel insiste à juste raison sur la dimension régulatrice et éthique de la discussion publique et ouverte ?

En effet, la démocratie ne saurait se résumer à l'acte de vote, sauf à vouloir privilégier la démocratie électorale, qui équivaudrait, faussement, à donner quitus ou un blanc-seing, y compris à un pouvoir pourtant élu temporairement. Au contraire, dans les cas tunisien et égyptien, la démocratie continuée suppose ou présuppose que le débat contradictoire, porté par tous les acteurs sociaux, quels qu'ils soient, puisse se poursuivre, au-delà d'une prétendue dichotomie manichéenne et trompeuse islamistes versus laïques.

Cependant, les premiers ont une responsabilité morale et politique supplémentaire par rapport aux seconds, dans la mesure où ils sont en grande partie en charge de l'État et à la tête d'un gouvernement de transition, par définition fragile, qui a donc besoin de l'avis du plus grand nombre d'acteurs du champ social. Ne tombons surtout pas dans le piège en tant qu'observateurs ; il ne s'agit certainement pas d'un conflit religieux, qui opposerait, de façon aussi fantasmatique que fallacieuse, croyants tunisiens ou égyptiens et incroyants.

Comment expliquez-vous le vote pour les islamistes d'une partie de la population?

Pour commencer, il existe deux types de vote: le vote rétrospectif, qui consiste à sanctionner les "sortants", et le vote prospectif, qui parie sur l'avenir, et se traduit, par une adhésion à un projet ou à un programme politique. Pour expliquer, ou tenter d'expliquer, le vote "islamiste", nous devons avoir à l'esprit ces deux paramètres. 

D'abord, si une partie de l'électorat a voté pour les islamistes, en Égypte ou en Tunisie par exemple, c'est parce que ces derniers furent, par le passé, parmi ceux qui ont le plus essuyé la répression des régimes autoritaires; ensuite, ils jouissent, ou ont joui, d'une forme de virginité politique (dans le cas des Frères musulmans égyptiens) ou d'entière virginité politique, dans la mesure où les islamistes tunisiens n'ont jamais pu exercer le pouvoir, fût-il parlementaire. 

Enfin, comme le rappelle à juste titre le sociologue Lahouari Addi dans Algérie. Chroniques d'une expérience postcoloniale de modernisation (Alger, Éditions Barzakh, 2012, p. 131-148), "les partis islamistes véhiculent une idéologie qui correspond aux représentations collectives de la population (...) C'est précisément l'inhumanité de ce système brutal (ndla l'autoritarisme, la dictature, etc.), qui pousse à rêver d'un État idéal, investissant dans un monde imaginaire gouverné par des dirigeants bons, pieux et donc craignant Dieu. Cette utopie est celle des islamistes qui promettent d'assurer la justice divine au profit des plus pauvres et des plus faibles". 

Quels sont les fondamentaux idéologiques des Frères musulmans?

D'abord, il est indispensable de rappeler l'immense dette idéologique de l'ensemble des mouvements islamistes contemporains, de l'Indonésie à la Mauritanie, à l'égard du fondateur de la Confrérie des Frères Musulmans, Hassan Al-Banna (1906-1949). Ensuite, tous les acteurs de l'islam politique ou islamistes, arabes en particulier, que j'ai rencontrés la reconnaissent, sans rechigner, et vouent, à cet égard, une véritable admiration, voire une fascination inoxydable pour "l'imam martyr", en sorte que je n'ai jamais entendu, de leur part, la moindre critique explicite ou directe de son héritage.

Enfin, les fondamentaux idéologiques des Frères musulmans, et de ceux qui, à l'heure actuelle, se réclament de leur héritage doctrinal, sont au moins au nombre de trois, outre les velléités de contrôle social étroit de la société, à savoir : l'instauration de l'État islamique, l'application intégrale de la sharî 'a, entendue comme "Loi positive" et non comme "voie", et construction, à terme, d'un califat. À cette aune, certains idéologues actuels de l'islam politique imaginent un tel califat sur le modèle de l'Union européenne ou des États-Unis d'Amérique! Au demeurant, Hassan Al-Banna ne cache pas, dans son oeuvre, que "Les Frères croient que le califat est le symbole de l'unité islamique" (al-wahda al-islâmiyya). 

Vous affirmez que les islamistes proches de la nébuleuse des Frères musulmans ont la même référence idéologique que les salafistes dont pourtant ils cherchent à se démarquer?

Absolument. Seulement, les Frères Musulmans, pour apparaître plus modérés et distingués par rapport aux salafistes (il faudrait, un jour, déconstruire étymologiquement et grammaticalement le vocable ou expression arabe al-salâfiyya), n'hésitent pas, publiquement tout du moins, à s'en prendre vertement à ces derniers, alors que, in fine, ils s'abreuvent à la même source idéologique ou doctrinale.

En effet, quand on lit L' Ensemble des Épîtres (majmû'at al-rasâ'il) de Hassan Al-Banna, à plusieurs endroits, ce dernier inscrit résolument son action et celle de ses disciples dans la continuité de celle, réelle ou supposée, des  "pieux prédécesseurs" (al-salaf al-çâlih) ou des "premiers prédécesseurs" (al-sâbiqûn al-'awwalûn). D'ailleurs, dans la section intitulée "Notre islam" (ce qui présuppose au passage qu'il est différent de l'islam des "autres" musulmans), Hassan Al-Banna affirme: "Notre apostolat est "islamique/islamiste" (islâmiyya)"; il s'appuie, en cela, sur "Le Livre de Dieu, la Sunna de son Envoyé (Muhammad), et la vie des pieux prédécesseurs parmi les musulmans (...)" (sîrat al-salaf al-çâlihîn min al-muslimîn). 

Ainsi, si vous comparez les écrits des salafistes contemporains à ce qu'écrit le fondateur des Frères Musulmans, vous concéderez aisément qu'il y a de nettes convergences idéologiques; d'autres diraient théologiques. En effet, les deux mouvements, malgré la diversité qui les caractérise par ailleurs en termes de références et d'organisation, nourrissent le même désir de revenir à une stricte observance de la norme coranique et prophétique, en privé et en public, espérant qu'un État, et des agences spécialisées, puissent, un jour, en garantir l'entière application.

Toutefois, les islamistes, confrontés à l'exercice concret des rapports de force politique, ont fait des concessions que les salafistes eux-mêmes feront s'il devaient entrer dans l'arène politique. C'est inéluctable! Le réel finit toujours par vous imposer ce que vous refusiez, y compris en passant par des stratégies de légitimation ex post.

En Tunisie comme en Egypte, les islamistes sont confrontés à la réalité du pouvoir. Ils éprouvent les pires difficultés à appliquer  cette  "solution islamique" censée régler   les principaux   problèmes socio-économiques de ces pays? 

C'est dire, même certains islamistes, qui ont rapidement dû déchanter à l'exercice de mandats politiques ou publics, critiquent aujourd'hui cette formule qu'ils estiment creuse, sans le dire ainsi ou aussi ouvertement. Car, en effet, la politique est l'empire de l'imagination, de l'innovation, du pragmatisme et de la négociation permanente avec les différents acteurs sociaux, sans garantie de succès de sa propre ligne, et surtout, de la "pureté" idéologique de départ.

Des élus que j'ai pu interroger par le passé (au Maroc notamment) m'ont tous concédé que gérer une cité est différent que de "s'intéresser à la hauteur du minaret", que cela impose des compromis, des réaménagements idéologiques constants, même périphériques, et des solutions concrètes qui ne se trouvent ni dans le Coran, ni dans la Sunna, ni dans les livres de "jurisprudence" ou fiqh. 

Quels sont les rapports entre la gauche laïque et les islamistes?

D'une part, contrairement à ce que l'on peut entendre parfois dans la bouche de certains acteurs, aussi bien sur la rive nord que sur la rive sud de la Méditerranée, la ligne de partage entre laïques et islamistes ne ne situe pas tant au niveau de l'adhésion spirituelle ou non à l'islam, à la civilisation islamique, etc., tant s'en faut. En effet, la laïcité n'est pas une religion sauf pour les laïcistes et islamistes...Il y a des militants de gauche laïque qui sont musulmans convaincus, en Tunisie et en Égypte, et qui, cependant, voient une vertu politique dans la séparation entre les Églises (la hiérarchie religieuse) et l'État.

D'autre part, il faut savoir aussi, selon de nombreux témoignages concordants, que les anciens détenus des geôles de Habib Bourguiba défendaient bec et ongles les détenus, y compris islamistes, malgré leurs divergences idéologiques, et se battaient pour que les filles puissent avoir la liberté de porter le foulard, malgré les désaccords sur cette question vestimentaire! En revanche, la réciproque n'était pas forcément valable, les islamistes accusant souvent leurs codétenus d'athéisme. Cela est, au demeurant, parfaitement vérifiable. Toutefois, il peut y avoir, et il y en a, même si elles ne sont pas forcément évidentes, des relations ou des transactions idéologiques saines et décrispées, quoique poussives, entre les islamistes et la gauche laïque, notamment sur le caractère impérieux de la liberté de conscience, de la liberté de pensée, de l'autonomie morale, etc.

Enfin, rappelons également que dans les années 1970, les régimes arabes issus de l'indépendance ont largement utilisé la ferveur religieuse des jeunes générations "islamistes" pour combattre sans merci la gauche qui, très souvent, était, sans l'idéaliser outre mesure, en avance sur les questions démocratique et de justice sociale, ce qui gênait outrageusement, par exemple, le pouvoir monarchique marocain de Hassan II.

C'est pourquoi,  nous rejoignons Vincent Geisser lorsqu'il considère l'islamisme comme "un sous produit de l'autoritarisme nationaliste". Le politiste écrit, à ce sujet, dans Renaissances arabes (Paris, Éditions de l'Atelier, 2011, p. 143) : "L'islamisme s'est très largement nourri de l'autoritarisme des régimes politiques arabes à la fois pour le combattre mais aussi pour les imiter et, parfois, coopérer avec eux: les responsables ont entretenu de nombreuses transactions collusives avec les autorités officielles et les services de sécurité quand il s'est agi de taper sur la gauche laïque et séculariste ou de réduire l'influence des syndicats d'étudiants d'obédience marxiste et nationaliste sur les campus universitaires des grandes métropoles arabes (Alger, Casablanca, Tunis, Le Caire, etc.)."

Les islamistes turcs sont -ils un modèle de pluralisme?

Les islamistes turcs, avant de former un nouveau parti et de se retrouver finalement dans l'AKP (Parti de la Justice et du Développement officiellement fondé en 2001) au début des années 2000, ont essuyé, comme leurs homologues arabes, la répression et les dissolutions imposées par l'Armée, au nom de la laïcité. Ils ont, pas à pas, intégré le pluralisme et davantage encore intériorisé leur rapport à l'islam, à cause (de) ou grâce à la laïcité kémaliste qui a été un véritable booster aux révisions idéologiques des islamistes turcs, passant, dans la douleur, du rêve du califat à l'acceptation et à la valorisation de l'État-nation kémaliste et laïque. D'ailleurs, Erdogan, lors d'une visite en Égypte en septembre 2011, n'a-t-il pas encouragé, suscitant à cette occasion un vaste tollé, les Égyptiens en général, et les islamistes en particulier, à adopter "une Constitution laïque"?

A suivre...

Propos recueillis par la rédaction

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Commentaires

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Pancole
-4221 points

En Europe on appelle cela le " principe de réalité".
Quelles que soient les idéologies, d'inspiration religieuse ou non, le passage de la théorie à la pratique se heurte à l'homme et à ses ressorts.

Il faudra bien que tôt ou tard les musulmans se résolvent à admettre qu l'islam ne peut être un mode de gouvernance.

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Hanafy
41 points

M.Seniguer :

"D'autre part, il faut savoir aussi, selon de nombreux témoignages concordants, que les anciens détenus des geôles de Habib Bourguiba défendaient bec et ongles les détenus, y compris islamistes, malgré leurs divergences idéologiques, et se battaient pour que les filles puissent avoir la liberté de porter le foulard, malgré les désaccords sur cette question vestimentaire! En revanche, la réciproque n'était pas forcément valable, les islamistes accusant souvent leurs codétenus d'athéisme."

Je trouve ce passage plus que limite venant de la plume d'un docteur en science po. C'est dommage car ça met en pièce tout l'argumentaire d'introduction. Si la démonstration vise à montrer que le laïque est par principe plus tolérant que l'islamiste, je dois dire que ce breuvage nous est déjà servi tous les jours par des laïques notoires, et ce dans tous les formats médiatique.

J'attends quand même la suite avec impatience.

Fraternellement.

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Yannick Laude
-1127 points

Cher Monsieur,

C'est une évidence que le laïc est plus tolérant que l'islamiste. Car le laïc peut être musulman, chrétien ou juif mais part du principe que sa religion relève de la sphère privée. L'islamiste est par définition uniquement musulman et estime que la vie publique doit être régie par le Coran. Nonobstant le fait, j'en suis désolé pour vous mais pas pour la démocratie, que fort peu de musulmans français souhaitent vivre dans une société théocratique, la doctrine islamiste est par nature intolérante puisqu'elle prétend régir la vie publique de tous, y compris de ceux qui ne sont pas musulmans. C'est d'ailleurs ce qui explique les ennuis des Frères musulmans qui se trouvent confrontés, en Tunisie comme en Egypte, à une société civile qui s'est laïcisée. Grâce à Dieu ;-)

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latifa
-56 points

Yannick, tolérant, intolérant, ça ne veut rien dire quand on est musulman, qu'on a la foi. Il n'y a que la Chari'a qui compte, c.à d. les prescriptions divines ainsi que le modèle prophétique. Et contrairement à ce que vous pourriez penser, tout musulman s'y trouve ou s'y trouverait comme un poisson dans l'eau.

Difficile à concevoir, à comprendre peut-être pour un non musulman, je vous l'accorde.

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chb
-15 points

Cet article éclaire judicieusement les interrogations de http://oummatv.tv/15866/tmathlouthi-ennahda-manque-de-lucidite-politique. Bien que la laïcité à la française ne soit pas parfaite, du fait notamment de ses laïcards parfois extrémistes, ou de ses cathos non moins actifs, je pense qu'une morale laïque/républicaine bien comprise est plus à même de refléter une unité nationale que telle ou telle interprétation (possiblement sectaire et exclusive) d'un texte sacré mais ancien.
En ce sens, la proposition d'Erdogan (celle-là seulement! pas sa guerre à la Syrie... laïque) me convient.

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mirza
-1 points

Les laics tolérants !!!!!

Ils sont tellement tolerants qu'ils refusent les resultats des urnes.
Ils sont tellements tolerants qui refusent aux croyants (tes) de pratiquer leur religions
Ils sont tellement tolerants qu'ils ont soutenus les dictatures laiques arabes depuis 50 ans et font tous pour destabiliser les democratie emergeantes (egypte et tunisie) pour ainsi remettre un laic dictateur au pouvoir

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Hanafy
41 points

Cher Monsieur,

Désolé de vous décevoir mais je ne milite pas pour une théocratie. Et votre définition de la laïcité je ne suis pas certains que les tunisiens ou les égyptiens la saisissent telle que vous la lisez, tant la laïcité française est propre à son histoire (révolution française et Eglise). A vrai dire, ce terme n'existe même pas dans la terminologie arabo-islamique.

Je ne suis pas sur non plus que ces pays à majorité musulmane lorgnent vers une laïcité à la française !

J'affirme pour ma part que la laïcité française dans son champ d'application (des lois d'interdiction uniquement pour sa minorité musulmane) est la plus intolérante des pays dit démocratique.

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Sarah
-30 points

On ne peut pas comparer l'histoire de la sécularisation en occident où la laicité a permis au pouvoir politique de s'échapper à l'emprise de la toute puissance de l'Eglise Catholique(l'institution)avec l'histoire du monde musulman où le pouvoir politique a toujours été autonome.C'est bien le pouvoir politique,arrivé au sommet de l'Etat,du Califat,de l'Emirat souvent par la force,qui a mis sous tutelle le pouvoir religieux avec la complaisance de quelques oulémas,et non l'inverse.
Autrement dit,c'est toujours le pouvoir politique a qui eu le dernier mot et qui a imposé ses vues au religieux.Ce qui est normal puisque le pouvoir religieux n'a jamais été aussi puissant et organisé dans le monde arabo-musulman qu'en occident où il y a eu une véritable confrontation entre l'Empereur,le Roi et le Pape.
Je regrette que les musulmans ne connaissant pas leur propre histoire lisent ce qui se passe chez eux avec des lunettes idéologiques de l'histoire occidentale.

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Sarah
-30 points

...il n'y a jamais eu en islam d'idéal théocratique,ni en termes d'institutions(les clercs n'ont jamais demandé le pouvoir,sauf avec Khomeiny)ni même en termes de droit:l'instauration éventuelle de la charia comme loi de l'Etat ne définit pas en soi un Etat islamique,comme tous les tenants de l'islamisme politique l'ont dit,de Said Qob à Khmomeiny."

Il s'agit d'une question importante où il faut être précis dans la formulation et l'utilisation des termes.
Car sinon on risque, comme c'est le cas en ce moment, d'importer des débats stériles dans un monde où les références et l'histoire ne sont pas les mêmes.

Une dernière remarque:je ne connais pas assez bien la situation en Tunisie,mais il me paraît exagéré de dire que les salafistes et les FM sont alliés en Egypte car à chaque étape importante de la transition les salafistes se sont opposés aux FM(choix du président,constitution,et même alliance avec les libéraux contre les FM lors de la dernière crise).

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Sarah
-30 points

Je précise que je ne soutiens ni les FM,ni Ennahda en Tunisie(pour des raisons économiques),mais je n'aime pas les débats simplistes et stériles qui ne font pas avancer le monde Arabe,et qui construisent de fausses oppositions,prétexte à l'immobilisme et au manque de propositions concrètes de chaque camp(qu'ils soient islamistes ou laics).

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Loulou164C
27 points

L'Islam reste la plus belle chose que puisse connaitre un être humain. Le problème du vivre ensemble vient uniquement des humains. Le pouvoir corrompt tout même chez les musulmans. Alors moi je me méfie de tous les politiciens musulmans - ou islamistes suivant la formule en vigueur à notre époque - ou pas.

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Pancole
-4221 points

Toute Constitution s'inspirant de l'Islam, fut-il majoritaire, est nécessairement totalitaire, car elle impose un point de vue religieux à l'ensemble d'une population sans tenir compte de la sensibilité de chacun, partant du postulat que tout individu se doit de respecter des principes religieux, sans tenir compte d'eventuels athées ou adeptes d'autres religions qui ne s'y reconnaissent pas.

Seule une Constitution d'inspiration laïque garantit la liberté individuelle.
Il ne fait aucun doute que les pays musulmans seront amenés tôt ou tard à respecter ce principe de neutralité vis à vis de leurs textes religieux fondateurs, comme la plupart des pays occidentaux ont su le faire vis à vis de leurs référents religieux chrétiens sur lesquels se sont fondés nos démocraties.

Sans cette sécularisation il serait bien difficile de faire cohabiter en Europe quelques millions de musulmans avec une majorité se réclamant politiquement et juridiquement de la chrétienté.

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Sarah
-30 points

@ Palazzo:

Inutile de discuter avec vous,vous ne comprenez rien enfermé que vous êtes dans votre dogme laiciste-athée-jacobiniste-assimilationniste.
Je ne sais pas qui incarne mieux le totalitarisme:la Troisième République française laique qui a exterminé un tiers de la population algérienne au nom de la "Mission de Civilisation" et de la laicité et des Lumières,ou des théologiens musulmans de la fin du 19ième siècle qui ont pensé les premiers éléments de ce qu'on appelle aujourd'hui l'islam politique,qui consistait à s'appropier les Sciences "occidentales" tout ne négligeant pas leur histoire,y comprise religieuse?
Si vous voulez dépasser vos préchi-précha concernant la République,lai sainte laicité,je vous conseille de lire un excellent livre d'Olivier Roy:"la laicité face à l'islam".
Je dois dire que ce qui m'étonne le plus chez vous c'est l'aplomb et la certitude avec les quels vous énoncez vos affirmations sur des pays et une religion dont vous ne connaissez rien.

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nanny
27 points

Palazzo, votre sécularisation se trouve où si le pouvoir est entre les mains d'une majorité se réclamant politiquement et juridiquement de la chrétienté"?

C'est donc un leurre pour museler ceux d'en face!

Relisez donc Sarah qui a expliqué de façon magistrale même dans un espace aussi court d'un post que justement l'organisation de la Oumma-Islamique a eu toujours ce côté laïc en ce que le détenteur du pouvoir s'est toujours affranchi de la main-mise des clercs et qui fait qu'on ne peut analyser la situation présente en se calquant sur l'histoire de la chrétienté et donc de l'occident pour expliquer les bouleversement des sociétés musulmanes.

Souvenez-vous de la lutte sans merci menée par Frédéric de Hohenstaufen (dit Barberousse) et le Saint Empire Germanique contre la papauté qui a abouti à l'extermination de toute sa famille jusqu'au dernier pour que force reste au Pape.

Merci Sarah pour votre érudition et votre clairvoyance.

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abdallah12
241 points

Tout dépend de l'état d'avancé d'un peuple dans sa pratique d'appliquer le Coran. L'exemple de la Libye et de la Tunisie est un bon exemple, un cas d'école : en Tunisie se sont les islamistes qui ont pris le pouvoir aloRs qu'en Libye ce sont les libéraux.. Et bien c'est la Libye qui autorise la polygamie, la charia ne suscite pas de débat. Il en est tout autrement en Tunisie.

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Yannick Laude
-1127 points

Excellente remarque de Jaied. Trop des lecteurs prennent le concept d'oumma au pied de la lettre, idéalisant une communauté islamique unie. Mais les peuples ne se laissent pas enfermer dans des identités uniques. Les différences entre les coutumes et les pratiques religieuses sont considérables du Makrech au Maghreb, nonobstant les cohabitations variées avec d'autres cultes que l'on trouve en Egypte, Liban ou Syrie. Sans parler bien sûr de la Turquie, ni du monde chiite ou des lointaines communautés asiatiques. L'Islam est certes l'élément fédérateur de tous ces peuples, mais de l'Empire Romain, Sassanide et Byzantin aux Protectorats français et britannique, en passant par l'Empire Ottoman et l'Algérie française, ils ont tous une autre histoire à raconter. Qui n'a pas entendu un Tunisien se dire carthaginois ou un Algérien se vanter d'avoir un aïeul combattant du temps de la guerre d'indépendance? Les Carthaginois honoraient Baal et le FLN était socialiste laïc.

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Pancole
-4221 points

Madame Sarah,
Inutile également de discuter avec vous, tant votre parti pris est évident, mais que vous le vouliez ou non, et si vous étiez capable de prendre un peu de distance, le sens de l'Histoire veut que les gouvernements des hommes sur notre planète dissocient de plus en plus le politique du religieux, même si la culture dominante des peuples exigent de leur part des concessions.

Pensez simplement que dans l'ancien régime les rois étaient en Europe, certains le sont encore, de droit divin, tandis que des prélats s'assuraient que leurs faits et gestes ne nuisaient pas à l'intérêt bien compris de Rome.

C'est à peu près la situation actuelle des pays arabes qui cherchent l'onction de l'islam pour asseoir leur autorité.
Mais il est clair que cela est une étape vers une véritable émancipation. Les printemps islamiques arabes seront suivis de révolutions visant à évincer les religieux de la sphère publique. 1 siècle????

La Tunisie parait un bon candidat pour passer à la phase 2.

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safi benbouzid2
10 points

Pour apporter un exemple concret de ce que dit Sarah et comme petit rappel historique aux laïcards qui vident la laïcité française de son vrai contenu, mais n’hésitent pas, toute honte bue, à aller à « Zitouna »- Canossa.
Pendant que l’Eglise dominait quasi-totalement la vie politique en France, dans l’Etat ottoman, le Calife-Sultan qui détenait le pouvoir religieux et politique était assisté du Sadhr al Aadhem, (Sublime porte, qui était un individu contrairement à l’usage qui en a été fait) faisant fonction de premier ministre et s’occupant exclusivement des affaires politiques.
Près d’eux, il y avait le Cheikh al Islam qui était chargé de veiller à ce que la législation soit conforme aux préceptes religieux. Son rôle était purement consultatif, donc qui pouvait être retenu ou pas.
Après cela, on viendra nous dire que l’Islam est incapable de séparer le politique du religieux.

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safi benbouzid2
10 points

@ Yannick Laude
Merci de remettre les pendules à l’heure.
A part d’être né dans une famille musulmane, qu’ai-je de commun avec un Indonésien ou un Ouïghour.
Alors qu’enfant, j’ai partagé avec les Corses la souffrance de se voir interdire l’usage de sa langue maternelle, ou pis encore, apprendre à la mépriser.
Avec les Espagnols, je partage des structures mentales dont certaines aboutissent à la même criminalité.
Le rossignol de Grenade a magnifiquement décrit l’assassinat d’Antonio Torres Heredia, fils et petit fils de Camborio, par ses propres cousins Benameji qui jalousaient sa prestance et tout ce qu’il possédait et qu’ils ne pourraient jamais avoir.
Mon beau-père a été assassiné, par ses proches cousins, pour exactement les mêmes raisons

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Pancole
-4221 points

Mais Monsieur Benbouzid, qui prétend que les sociétés islamiques n'aient pas été en leur temps bien en avance sur les sociétés occidentales? Comment comparer notre Moyen-âge, totalement inféodé à une religion obcurantiste avec la manificence des palais andalous tandis que la religion laissait là-bas carte blanche à l'imagination. Mais le problème n'est pas de juger l'Histoire ancienne mais d'analyser le monde arabo-musulman d'aujourd'hui (l'Empire ottoman, que je sache n'en faisant pas partie) et sur ce sujet force est de constater que sans doute trop impliqué vous manquez d'objectivité.

L'avenir, pas plus ici qu'ailleurs, est dans une religion globalisante, omnipotente et paralysante, c'est une évidence qui n'échappe qu'à vous. Les printemps arabes sont des étapes sur un chemin.
Le monde est ouvert, les hommes circulent avec leur croyances et leur culture et la religion est un cadenas intellectuel, normatif, totalement contraire aux exigences des sociétés modernes.

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Pancole
-4221 points

Mais Monsieur Benbouzid, qui prétend que les sociétés islamiques n'aient pas été en leur temps bien en avance sur les sociétés occidentales? Comment comparer notre Moyen-âge, totalement inféodé à une religion obcurantiste avec la manificence des palais andalous tandis que la religion laissait là-bas carte blanche à l'imagination. Mais le problème n'est pas de juger l'Histoire ancienne mais d'analyser le monde arabo-musulman d'aujourd'hui (l'Empire ottoman, que je sache n'en faisant pas partie) et sur ce sujet force est de constater que sans doute trop impliqué vous manquez d'objectivité.

L'avenir, pas plus ici qu'ailleurs, est dans une religion globalisante, omnipotente et paralysante, c'est une évidence qui n'échappe qu'à vous. Les printemps arabes sont des étapes sur un chemin.
Le monde est ouvert, les hommes circulent avec leur croyances et leur culture et la religion est un cadenas intellectuel, normatif, totalement contraire aux exigences des sociétés modernes.

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Sarah
-30 points

Quelle tristesse Monsieur Palazzo de persister ainsi dans l'ignorance et l'aveuglement.

Vous confirmez magistralement mes propos:je vous parle de l'histoire du monde arabe,vous me sortez la référence aux monarchies européennes.Ah l'ethnocentrisme et l'impérialisme culturel...

Si vous pensez que ce qui se déroule en Tunisie consiste en l'opposition entre Laics et islamistes,ce que vous êtes vraiment très mal informé ou pas du tout informé.
Mais bon,je suis indulgente à votre égard vue la manière dont les médias français informent le peuple français...

@ Zohra:

Merci à vous,toujours un plaisir de vous lire.

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Pancole
-4221 points

Madame Sarah, j'ai avec la Tunisie d'aujourd'hui plus d'accointances que vous pouvez l'imaginer, et si on ne peut résumer les tensions qui existent dans ce pays entre laïcs et musulmans, de nombreux laïcs étant aussi musulmans, il n'empêche que l'opposition se fait entre ceux qui voudrait que la religion soit au centre du débat politique et ceux qui voudraient que la religion reste à sa place dans une société qu'ils souhaitent laïque.

Ma digression sur les monarchies en Europe n'avaient pour but que de montrer que lorsque la religion se mêle du pouvoir elle introduit nécessairement de l'injustice en introduisant une hiérarchie fondée sur l'appartenance religieuse. L'élection divine n'étant pas un gage d'égalité.
Vous avez une lecture de l'Histoire très partiale. Je n'ai pour ma part aucune difficulté à accepter les parts d'ombre de la mienne.
Quelle tristesse de vous voir persister dans vos pensées obsessionnelles!

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baraa
419 points

Avant de se lancer dans un débat sans connaître l'histoire, il faudrait revenir à la Constitution de Médine, la première dans l'histoire, lorsque, après plusieurs mois de débats entre les représentants des différentes tribus et religions représentées à Médine, le prophète Muhammad, en tant que souverain choisi librement par Médine par toutes les communautés, a fait adopter une constitution garantissant la liberté de culte et l'autonomie de chaque groupe religieux, ses droits et obligations vis à vis de l'Etat. Il ne peut donc y avoir d'Etat "islamique" sans l'accord de toutes les communautés y vivant, majoritaires et minoritaires. Cela permet de renvoyer dos à dos les intégristes, musulmans mais aussi juifs ou chrétiens et les laïcistes français qui veulent interdire la liberté de conscience en public. L'Etat doit protéger la liberté de conscience et en ce sens il est neutre, mais il doit garantir la liberté de culte et en ce sens il permet la libre expression publique de leur foi

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Yannick Laude
-1127 points

Résumant l'argumentation de Sarah, Zohra Mahi affirme que "l'organisation de la Oumma-Islamique a eu toujours ce côté laïc en ce que le détenteur du pouvoir s'est toujours affranchi de la main-mise des clercs". C'est précisément parce que beaucoup de non-musulmans ont un doute sur ce point crucial que bien des débats nous opposent. Je suis ravi que deux intervenantes régulières de ce site portent témoignage de la sécularisation possible de l'Islam, c'est à dire de la capacité d'adaptation des musulmans à la société dans laquelle ils vivent. Mais alors expliquez moi pourquoi l'Imam de Drancy, Hassem Chalgouni, ou celui de Bordeaux, Tareq Oubrou, sont régulièrement vilipendés sur ce site alors qu'ils ne professent pas autre chose? Ou alors il y a une nuance qui m'a échappé dans votre raisonnement ou dans le leur...

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Sarah
-30 points

@ Yannick Laude:

"Ou alors il y a une nuance qui m'a échappé dans votre raisonnement ou dans le leur..."

Si je puis me permettre:il n'y a pas UNE nuance qui vous a échappée, mais plusieurs.

Comme malheureusement je manque de temps,je vous conseille le livre d'Olivier Roy,"la laicité face à l'islam",pour un peu mieux appréhender les enjeux.

Quant à "l'imam" Chalghoumi,si vous ne voyez toujours pas où est le problème(après plusieurs articles sur ce site),c'est que vous avez une bien piètre opinion de vos concitoyens musulmans.

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Yannick Laude
-1127 points

C'est bien le problème: le principal reproche qui lui est fait sur ce site c'est de mal parler le Français et de dialoguer avec la communauté juive! Je suis lecteur du Monde et connais Olivier Roy. Il plaide pour que l'on soit plus compréhensif avec les croyants et que nos sociétés laïques évitent de heurter leur foi. Cela fait plus de 50 ans que je suis compréhensif avec ma maman grenouille de bénitier, je peux donc faire des efforts de compréhension pour 10% de mes compatriotes musulmans. Mais je ne comprends pas en quoi dialoguer avec des organisations juives (et chrétiennes) serait une insulte à la religion. A moins que vous considériez que les agressions israéliennes contre la Palestine soient une guerre entre "juifs" et "musulmans". C'est la thèse d'une certaine Djamila sur ce site. Je n'avais pas compris que c'était votre position. Personnellement, comme je l'ai maintes fois déjà écrit ici, je pense qu'une identité ne se résume pas à l'appartenance à une religion.

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Sarah
-30 points

@ Yannick Laude:

Je n'ai JAMAIS considéré le conflit israelo-palestinien comme un conflit entre les Juifs et les musulmans.Il s'agit d'abord d'un conflit politique,d'une colonisation,d'une oppression contre un peuple,même s'il peut y avoir des aspects religieux.

Le problème cher Yannick c'est que Chalghoumi fait exactement ce que vous dénoncez:il traduit ce conflit politique en terme religieux.
En plus,il ne cesse de tout mélanger:la Shoah(alors que les musulmans n'y sont pour rien),la Palestine,les banlieues françaises,l'islam,etc.
Cet homme est une catastrophe pour les musulmans français dont il dégrade l'image auprès du public,non seulement par son français médiocre,mais aussi par son discours confus rempli d'imprécisions,d'amalgames,voire de mensonges.
Puisque vous êtes attaché à la démocratie et à la liberté d'expression,sachez que Chalghoumi était un fervent soutien du régime de Ben Ali,et qu'à chaque fois qu'un discours ne lui plaît pas,il demande qu'on le censure!

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Sarah
-30 points

Suite:

Sachez qu'oumma.com n'a jamais présenté le conflit israelo-palestinien d'un point de vue exclusivement religieux.
Nous n'avons absolument aucun problème à dialoguer avec nos compatriotes Juifs.
Il arrive même qu'oumma.com publie des articles de personnalités ou d'organisations juives comme l'union juive française pour la paix.

Mais nous ne sommes pas naifs au point de confondre le dialogue inter-religieux,dialogue nécessaire dans notre société,avec l'instrumentalisation de personnalités musulmanes par des organisations qui défendent des positions très éloignées de la paix,de la justice et de l'auto-détermination des peuples.
Lisez(si vous ne l'avez pas encore fait)tous les articles de Hicham Hameza consacrés à Chalghoumi(cf.archives)pour voir qui est vraiment ce personnage.
Vous pensez qu'une organisation violente et raciste comme la LDJ soutient Chalghoumi au nom de l'amour et du vivre-ensemble?
Et "l'écrivain" d'extrême droite, anti-palestinien et islamophobe,Guy Millière??

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Rachid Zani
-302 points

"A moins que vous considériez que les agressions israéliennes contre la Palestine soient une guerre entre "juifs" et "musulmans"."

Les agressions israéliennes contre le peuple palestinien sont voulues et organisées par les sionistes depuis Balfour et le foyer national juif de 1917 pour réduire à néant toutes velléités ottomanes de reconquête des terres arabes.La mise sous tutelle était déjà programmée par les accords sykes-picot de 1916 et avant elle par les accords du roi Hussein ibn Ali, et le Haut Commissaire Britannique d’Égypte, Sir Henri McMahon en 1915.

Le véritable objectf de toute cette mascarade a pour but d'empêcher l'Islam de briller à nouveau en un nouvel âge d'or.Depuis 1917,les sionistes n'ont eu de cesse de fomenter contre les palestiniens et le reste du monde. On parle aujourd'hui du conflit israélo-palestinien ou encore israélo-arabe toujours en binôme(technique sioniste) pour subliminer les esprits.Conflit=2 belligérants.

Richard tu vas pas me censurer dis!