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Samedi 4 Juillet 2009
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Contribution de l’Islam à la renaissance de la pensée européenne (partie 2/2)

jeudi 8 novembre 2007 - par Tahar Gaïd

2 – La philosophie au présent

L’impacte de la philosophie islamique sur la pensée moderne n’apparaît pas nécessairement à travers des idées concrètes qui pourraient être mentionnées dans telle ou telle œuvre d’un philosophe non-musulman. Il est néanmoins possible de mettre l’accent sur la notion du cartésianisme auquel se réfèrent les hommes de lettres voire des hommes politiques, pour ne citer que ces deux cas, afin d’exposer leurs points de vue sur un problème donné ou leur conception de l’organisation de la vie en générale. Un bref regard sur le travail accompli par Al-Ghazâlî nous édifiera à ce sujet.

Al-Ghazâlî adopta le doute méthodique comme voie d’accès à la certitude philosophique. Il y traça une démarche dont il détailla les données dans son livre « Al-Munqid mina-d-dalâl » (Délivrance de l’erreur). Il argumenta avec force contre les idées irraisonnées en vigueur à son époque. Il se montra persuasif quant à la nécessité de l’autonomie de la raison dans la recherche des connaissances humaines qu’elles soient sensibles ou matérialisées, en y opposant le doute dès le départ de leur minutieux examen.

Al-Ghazâlî porta le débat sur la question de la certitude et de la croyance, sur le problème de la différenciation entre les connaissances acquises par l’individu dans son état d’éveil et celles exprimées dans les songes. Il développa enfin la procédure du doute méthode, représentée sous la forme d’un esprit du mal mystificateur ou d’un devin trompeur et corrupteur. Il aboutit en définitif à cette certitude philosophique que rien n’ébranle et dont l’expression se définit par le report de la confiance sur les motivations et les impératifs intellectuels. Il parvient de la sorte, par le biais d’une méthode scientifique, à concilier le rationnel et le révélé.

Le doute méthodique exposé en détail par Al-Ghazâlî eut de fortes répercussions sur la pensée de Descartes que les historiens désignent comme étant le père de la philosophie moderne. L’étude du « Munqid mina-d-dalâl » du premier et le « discours de la méthode » du second, dévoile la similitude des deux démarches.

Il est possible aussi de soulever d’autres aspects de la philosophie d’Al-Ghazâlî qui eurent leur écho auprès de penseurs des temps modernes. C’est le cas du principe de causalité : Il replace le rapport de la cause à l’effet qu’elle produit dans son réel et l’estime en tant que relation temporelle de deux choses. Ce procédé d’analyse se retrouve chez David Hume. Ce fut la remarque faite en 1852 par Renan dans son livre intitulé « Averroès » : « Hume, dit-il, n’a rien apporté de plus qu’Al-Ghazâlî dans la critique du principe de causalité.

Il est encore possible d’élargir la bénéfique comparaison entre les philosophes musulmans et les philosophes européens. Ce fut Spinoza qui subit l’ascendant de la pensée islamique, soit directement, soit par la voie d’Ibn Maynûn ou Maïmonide (1135–1204). De religion judaïque, celui-ci, s’imprégna fortement de la philosophie musulmane en terre d’Islam, comme l’atteste d’ailleurs son œuvre maîtresse « Le guide des égarés ».

Il convient d’ajouter le groupe des Ikhwân aç-çafâ qui se constitua au Xème siècle à Bassorah, en Irak, Ils offrirent au monde une monumentale encyclopédie où figurent toutes les branches de la connaissance humaine. Ils comptent au nombre des guides du siècle de la Renaissance du XVIIIème en France.

L’époque contemporaine se constitue en un espace plus ou moins stérile qui ne prépare pas loyalement la poursuite du débat entre les cultures et les civilisations. Elle renferme un danger qui ne cerne pas une culture donnée mais qui enveloppe toute l’humanité. Il est de l’intérêt des penseurs et des hommes politiques musulmans et ceux de l’Occident d’accroître leurs efforts pour se connaître d’une manière objective, équitable et sans complexe. C’est ainsi qu’il sera aisé de mettre sérieusement en branle la machine du dialogue entre les cultures.

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Tahar Gaïd

Tahar Gaïd est né le 22 octobre 1929 à Timengache, Beni Yala (Wilaya de Sétif). Après des études aux médersas de Constantine et d’Alger, il exerce la fonction d’enseignant à Tighanif, près de Mascara, puis à Alger.

Militant du PPA/MTLD, il participe à la lutte pour la libération nationale. Il prend l’initiative d’organiser des cellules FLN à Tihganif, anciennement Palikao. Arrêté en mai 1956, il est détenu pendant six années consécutives dans les prisons et les camps d’internements en Algérie.

Dès 1963, il opte pour la carrière diplomatique en qualité d’ambassadeur dans plusieurs pays africains. En 1978, il cesse toute activité administrative.

A partir de 1980, il se consacre dès lors aux aspects théoriques et pratiques de l’Islam. Il se signale par la publication du Dictionnaire élémentaires de l’Islam (OPU). Il est aussi l’auteur d’autres livres dont Réalités universselles de l’Islam( OPU ) et Religion et Politique en Islam (aux éditions Bouchene)

Parallèlement à ces écrits, il publie à L’OPU un lexique philosophique arabe-français et français-arabe.

Quelques ouvrages de cet auteur :

Du même auteur, à lire sur oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

5 décembre 2007
opheon a dit :
Il est dommage que l’Occident ait endoctriné ses intellectuels contre certaines vérités historiques comme celles que Tahar Gaid propose à re-lire. l’hégémonie et l’orgueil de l’Occident ont toujours contribué négativement (...) (Lire la suite)
12 novembre 2007
Lola a dit :
N.B. : quand je dis Connaissance, intellectualité, il s’agit de la Connaissance comprise et non de la Connaissance inculquée. (Lire la suite)
12 novembre 2007
Lola a dit :
A W. Je ne voulais pas vous répondre (pas le temps) mais je le ferai tout de même bien qu’il ne m’appartienne pas de le faire ni même, au fond, de m’exprimer sur ce site. Mais je veux simplement faire tinter une toute petite (...) (Lire la suite)
11 novembre 2007
Waglioni a dit :
A Lola Très joli, très lourd de sens, ce que vous énoncez de façon lapidaire. Encore faudrait-il rendre tout à fait cohérents les mots et les notions. Par deux exemples, j’y vois plus qu’une difficulté : d’abord un (...) (Lire la suite)
11 novembre 2007
Lola a dit :
ESSALAM, Je suis de ceux qui se réjouissent du fait que les intellectuels musulmans n’aient pas trempé ni contribué à l’avènement des "Lumières", à la modernité occidentale, cette "excroissance monstrueuse" au regard de toute (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
Waglioni a dit :
Je ne répondrai, à l’anonyme qui ne trouve que l’insulte pour discuter de sujet sérieux, que ceci : je conteste une affirmation aussi péremptoire que "Le doute méthodique exposé en détail par Al-Ghazâlî eut de fortes répercussions (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
Taremaillac a dit :
Abstract, le bien nomme Je n’ai pas parle d’hermetisme. Je ne parle pas de reconnaissance de l’autre. Je ne parle pas de choc de civilisation : si d’aventure j’en parlais, ce serait pour l’attester car, entre (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
Faridb a dit :
Bonjour, salam, On ne peut parler d’un sujet pareil sans évoquer Ahmed Djebar : "Du côté de la Renaissance. Sans minimiser les facteurs endogènes, on peut affirmer que la Renaissance, d’abord en Italie puis dans le reste de (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
abstract a dit :
Tarmillac, arrête de parler pour rien dire (place toi différemment que sous l’angle du choc des civilisations, c’est tout l’inverse que l’on expose). Le monde musulman est loin d’être hermétique comme tu (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
Taremaillac a dit :
En admettant que la Renaissance soit vraiment islamique dans sa genese, en admettant que Al-Ghazâlî soit l’inspiration de Descartes, en admettant que tous les commentaires soient vrais, en admettant enfin que tous les articles sur la dette (...) (Lire la suite)
9 novembre 2007
waglioni tu ne sait pas lire ? La réponse est inscrite dans le paragraphe que tu cites "les similitudes dans la démarche" Ce que montre justement ce texte, c’est la reprie de la pensée islamique par l’Europe. Cette reprise est (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Waglioni a dit :
Une question de méthode. Je voudrais soulever, cher Tahar Gaïd, une simple question de méthode. Quand vous écrivez : "Le doute méthodique exposé en détail par Al-Ghazâlî eut de fortes répercussions sur la pensée de Descartes que les historiens (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Comme plusieurs intervenants, je me pose la question de savoir ce qui s’est passé entre l’époque où la civilisation musulmane dépassait l’occident de la tête et des épaules, que ce soit culturellement, philosophiquement, (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Jamal a dit :
Il semble qu’il y ait des individus qui soient irrités que l’on rappelle le passé exceptionnel de la civilisation musulmane. Peut-être devons-nous en avoir honte ou tout simplement devons-nous le cacher. N’en déplaise aux (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Hervé a dit :
C’est reparti pour un tour, certains sur ce forum (qui est de qualité), vont encore la ramener pour dire que "nous sommes les meilleurs", l"es plus forts", que le monde entier doit tout à l’Islam et aux musulmans, le discours (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Amina a dit :
Je voudrais rappeler à Tarmmallac et à ses amis, que grâce à la culture arabo-islamique, la culture grecque a été préservée contre la déperdition. Sans l’oeuvre des hommes de culture et des savants arabes, bon nombre d’écrits grecs (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Ahmed a dit :
Dans son essai consacré à l’analyse de l’influence de la culture islamique sur l’Occident chrétien, T.C. Young affirme : « Il importe d’avoir constamment à l’esprit la dette morale que les Chrétiens ont contractée à (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Du IXe au XIIe siècle, le monde musulman connaît un rayonnement sans égal. Il s’étend de l’Espagne à l’Inde, avec des capitales de rêve : Bagdad, Cordoue, Grenade, Le Caire, Damas... De la philosophie à la médecine et à la (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Bunnie a dit :
Taremaillac cherche à nier l’impact de l’islam dans la renaissance qui est pourtant un fait reconnu par tous les historiens. Mais Taremaillac préfère la négation historique à la (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Taremaillac a dit :
Oumma presente regulierement des articles de ce type. Je souhaiterais exprimer ma perplexite au sujet de la Renaissance qui serait initiee par les musulmans. Qu’y-a-il d’islamique dans la Renaissance ? C’est un mouvement ne (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
adapa a dit :
L’âge d’or de l’islam correspond à une période d’ouverture, une partie de la populatino dont des savants et intellectuels n’étaient pas musulmans, et qu’ils soient musulmans ou pas ils avaient une certaine (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
faridb a dit :
Bonjour, A lire certains commentaires il est important de préciser que le rappel, l’histoire et la mémoire de cette période faste (ouverture des communauté juive, chrétienne et musulmane) ne sert pas de pretexte pour ressasser le passé (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Mario a dit :
Pourriez-vous m’expliquer pourquoi un ecivilsation aussi brillate que l’islam est aujourd’hui une civilisation qui n’ a aucune influence dans le monde. (Lire la suite)
8 novembre 2007
Tawfiq a dit :
Cet article très intéressant de Tahar Gaid nous rappelle les moments forts de la culture islamique, et ce d’autant plus à propos qu’aujourd’hui les vents de l’obscurantisme semblent souffler de toutes parts dans les pays (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
houd93 a dit :
Salamou’alikoum Regarder le passé n’est benefique que si on en tire des leçons pour construire l’avenir . Mais si c’est pour vivre avec des regrets ou chagrin d’un passé glorieux cela est nefatse comme dit allah (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Amri a dit :
Ce passé glorieux de la civilisation musulmane ne doit pas cacher le retard que connait cette civilisation dans tous les domaines. (Lire la suite)
8 novembre 2007
Salam, Il y a un livre que j’ai beaucoup apprécié et qui résume bien la manière dont l’Islam a façonné le monde moderne : "Le soleil d’Allah brille sur l’occident" de Sigrid Hunke. A titre d’info pour celles et (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
La grande influence en effet de la civilisation et de la pensée islamiques sur la pensée européenne durant différentes époques a continué de l’orienter vers des domaines non encore investis. Il est important de souligner ici (...) (Lire la suite)
8 novembre 2007
Farid a dit :
Bonjour, salam, Il est important en cette période de rappeler la participation de la pensée musulmane à l’héritage philosophique européen. Car on a trop tendance à schinter le maillon musulman et lier directement l’héritage grec à (...) (Lire la suite)

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