Israël-Palestine : la géopolitique du divin
Par Bruno Guigue
lundi 20 novembre 2006
Contrairement à une idée reçue, les origines du conflit israélo-palestinien ne remontent pas à la nuit des temps. Le discours de certains protagonistes a beau en situer l’origine à une époque ancestrale, la démonstration ne convainc que les convaincus. Loin de s’ancrer dans la rivalité entre Israël et Ismaël, le conflit israélo-palestinien est un rejeton de la modernité : Juifs et Arabes s’affrontent en Palestine depuis un siècle, ce qui est beaucoup dans l’absolu, mais fort peu à l’échelle de l’histoire.
Pourtant, à propos de cet affrontement surgi à l’aube du XXème siècle, on accrédite souvent l’idée qu’il est issu de temps immémoriaux. Comme s’il était satisfaisant pour l’esprit de penser qu’un conflit aussi tenace puisse avoir une signification autre qu’historique, on lui prête une éternité imaginaire. Et parce qu’en lui se confondent souvent le politique et le religieux, on croit détenir avec cette confusion l’explication suffisante de son apparente irréductibilité.
Si le conflit a une dimension religieuse, elle ne le résume évidemment pas. Et surtout, elle ne l’explique pas davantage. Omniprésente et répétitive, la rhétorique du sacré exerce un effet grossissant. Elle conduit souvent l’observateur à surévaluer l’importance du facteur religieux. Ce n’est pas parce qu’ils y croient, du reste, que les idées dont se prévalent les belligérants fournissent une explication plausible des événements.
Il n’en est pas moins vrai que la Palestine n’est pas que la Palestine. Le bloc des croyances qui s’y rapportent peut devenir à l’occasion une véritable force matérielle. Elle est Eretz Israël (la Terre d’Israël) pour les uns, l’écrin d’Al-Qods (La Sainte) pour les autres. Espace sacré, espace symbolique, la Palestine est un espace-prétexte qui se prête aux tentatives d’appropriation exclusive. Et la lutte paraît d’autant plus acharnée que les deux camps revendiquent les mêmes lettres de crédit.
Le sionisme, en dépit de ses proclamations laïques, est fondé sur une représentation quasi mystique d’Eretz Israël. Il est inséparable, dans sa genèse, de l’attachement physique et spirituel qui lie les juifs à la terre d’Israël. La liturgie s’y enracine, les fêtes juives parlent du pays d’Israël. Pour certains courants de la pensée juive, l’altération des rapports du peuple juif à sa terre est le signe d’une altération de ses rapports avec Dieu. Le retour des juifs sur la terre d’Israël, pour la travailler, revient donc à réparer une relation à Dieu abîmée par l’exil. Pour les âmes en peine du judaïsme russe, à la fin du XIXème siècle, la terre d’Israël incarna ainsi, tout à la fois, la rédemption morale et la renaissance physique.
La principale réussite du sionisme est d’avoir fait de cette terre rêvée le moteur d’une émancipation nationale. Idéologie moderne, il laïcise l’espérance messianique en substituant à l’attente du sauveur une action politique destinée à prendre possession d’Eretz Israël. Mais pour Theodor Herzl, « si la revendication d’un coin de terre est légitime, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi, et le texte sacré tient lieu de titre de propriété.
Le droit des juifs sur la terre d’Israël, dans cette perspective, s’arc-boute sur la transcendance. Pour le courant sioniste religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Le sionisme suit fidèlement la voie tracée par le Tout-Puissant. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.
Comme la droite révisionniste, les sionistes religieux rejettent donc tout compromis territorial avec les Arabes. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le grand rabbin de Palestine déclara devant une commission internationale : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ».
Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif… Aucune souveraineté autre qu’israélienne n’existera jamais entre la mer et le Jourdain ».
La Bible, un acte notarié ? Il est vrai qu’elle n’est pas avare de détails sur les contours de la Terre promise. On y trouve de multiples définitions territoriales d’Eretz Israël. La première définition accompagne la promesse de Yahvé à Abraham, dans la Genèse (15, Trad. Œcuménique de la Bible) : « C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate ». Englobant lui aussi un vaste territoire, l’Exode (23) n’est guère plus précis : « J’établirai ton territoire de la mer des Joncs à la mer des Philistins, et du désert au fleuve ».
Les définitions bibliques d’Eretz Israël, assurément, sont sujettes à variation. Elles n’ont pas le même degré de précision, leur statut théologique est hétérogène, les contours de la Terre promise y sont écartelés entre une version maximale et une version minimale. Mais cette diversité des représentations spatiales fait clairement apparaître un « noyau dur ». Car dans la toponymie foisonnante qui émaille le texte biblique, certains noms de lieu sont investis d’une sacralité hors du commun.
Ville jébuséenne conquise par David, Jérusalem est au cœur du récit biblique. Elle entre dans la geste hébraïque lorsque le roi David décide d’y transférer sa capitale. Erigée en ville-phare du royaume, la cité de David est proprement sanctifiée, sous le règne de son successeur, en devenant l’écrin de la présence divine. Le martyre subi lors de la destruction du Temple n’altère en rien une sacralité qui se déclinera, désormais, sur le mode de l’attente messianique.
Avant de transférer sa capitale à Jérusalem, David a unifié les tribus juives dans une cité située au cœur des monts de Judée : « Toutes les tribus d’Israël vinrent vers David à Hébron » (Samuel II,5). Mentionnée avant Jérusalem par le texte biblique, Hébron jouit d’un degré de sacralité au moins équivalent. Prestigieux vestige de la geste abrahamique, le Tombeau des Patriarches y fait l’objet d’une vénération à la mesure de la sainteté d’Abraham, Isaac et Jacob. Autour de ces deux villes saintes, la Judée-Samarie et la Galilée forment alors le cœur historique d’Eretz Israël.
Investis d’une signification religieuse, ces lieux sont aussi les vestiges d’une histoire nationale magnifiée par l’idéologie sioniste. Espace de communication avec le divin, ils portent témoignage, simultanément, de la geste hébraïque. C’est pourquoi l’archéologie israélienne y a obstinément cherché les traces d’une antique présence juive. En fournissant les preuves d’une occupation ancestrale, les fouilles conduites par le « général-archéologue » Ygal Yadin, dans les années 1960, prétendaient faire entrer dans l’histoire ce qui relevait du sacré.
L’opinion israélienne crut alors, avec ces vieilles pierres, détenir la preuve irréfutable que le royaume de David et Salomon était un fait historique. A cette époque, l’archéologie officielle n’apportait pas seulement une caution scientifique au récit biblique : elle offrait un discours de substitution qui rendait superflu le recours à la foi pour accréditer l’histoire hébraïque. Mais cette suprématie de l’argumentaire historique sur le répertoire religieux fut de courte durée. Car au fur et à mesure des investigations sur le terrain, nombre de certitudes hâtivement acquises se sont effondrées. Directeur du département d’archéologie de l’Université de Tel Aviv, Israël Finkelstein a récemment fait l’inventaire des connaissances sur les sites bibliques. Ses conclusions sont dévastatrices :
« Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon. Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ? »1
Ces déconvenues archéologiques ne sont pas étrangères, du coup, au retour du théologique dans l’idéologie dominante israélienne. Peu importe, pour les sionistes religieux, ce que révèle l’archéologie à propos des mythes fondateurs, puisque l’essentiel est d’y croire. A fortiori si cette croyance relève de l’attente eschatologique. L’avènement des temps messianiques, en somme, frappe d’inanité toute spéculation sur un lointain passé.
A défaut d’être historique, la geste des rois d’Israël est donc un mythe mobilisateur qui légitime la renaissance d’une souveraineté juive en terre biblique. Ce n’est pas la première fois qu’un dogme ébranlé par la science renaît de ses cendres, animé d’une vigueur nouvelle. Et il en faudra sans doute davantage pour désarmer la conviction des pionniers du Grand Israël, d’autant plus indifférents à l’histoire qu’ils rêvent d’éternité.
On peut, sans doute, dire des sites bibliques ce qu’un historien de l’Antiquité disait des ruines de Troie : « ces lieux sacrés commémorent moins des faits avérés que les croyances qui en sont issues, et qui s’y sont fortifiées en s’y enracinant ». C’est cette géographie du sacré riche de significations symboliques qui hante le sionisme. C’est elle qui inspire, en Israël, une géopolitique du divin qui fournit sa justification religieuse à la colonisation juive.
A sa manière, l’islam sacralise également la terre palestinienne. La perception arabe et musulmane de la Palestine plonge ses racines dans le texte coranique, et surtout dans la tradition qui attribue un rôle primordial à Jérusalem. C’est l’évocation du Voyage nocturne du Prophète qui en constitue la source principale : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée dont nous avons béni l’enceinte, et ceci pour lui montrer certains de nos signes. Dieu est celui qui entend et qui voit parfaitement » (Coran, XVII, 1. Trad. D. Masson).
La mosquée très éloignée, que la tradition identifie à l’emplacement du temple de Salomon, est le point d’aboutissement du transport nocturne de Mohammad. Mais le récit du Voyage, dans l’exégèse coranique, est inséparable de celui de l’Ascension. Dans cette tradition, Mohammad effectue un voyage initiatique qui le mène jusqu’aux splendeurs célestes. C’est ce récit qui est à l’origine de la vénération vouée à la coupole du rocher, à Jérusalem, lieu depuis lequel Mohammad aurait entrepris son élévation jusqu’à Dieu. Jérusalem-Al Qods accéda alors au rang prestigieux de troisième lieu saint de l’islam.
Cible des Croisades, Al-Qods devint en outre l’enjeu symbolique de l’affrontement entre le monde arabo-musulman et le monde occidental chrétien. Par son rayonnement spirituel, la ville sainte confère à l’ensemble du territoire palestinien le statut d’un bien inaliénable à vocation religieuse, un waqf. Et, à l’époque contemporaine, elle cristallise d’autant plus les passions arabes qu’elle est la proie d’une colonisation systématique par l’Etat d’Israël. Véritable épicentre du conflit, Al-Qods entre en résonance avec les trois dimensions symboliques de la cause palestinienne : le nationalisme arabe, la défense de l’islam, l’affirmation de l’identité palestinienne.
Si Al-Qods occupe la première place dans l’imaginaire musulman, le site de Hébron mérite incontestablement la seconde. La ville est appelée par les Arabes Al-Khalil (l’ami), épithète dont le Coran honore Ibrahim. Ce dernier incarne dans sa pureté originelle le message monothéiste. Avec le non-sacrifice de son fils Ismaël, à La Mecque, il a contracté l’alliance originelle avec Allah. Inhumé à Hébron, il confère par sa présence spirituelle une aura particulière à la terre palestinienne. Ibrahim relie l’Arabie à la Palestine, en même temps qu’il rattache la geste biblique à la prédication musulmane.
Ainsi la sacralisation musulmane redouble-t-elle les sacralisations antérieures. Elle investit l’espace sacré du judaïsme d’une signification nouvelle qui intègre, sans l’effacer, les significations symboliques issues du récit biblique. Mais pour les musulmans, le message coranique a définitivement clos le cycle des prophéties. Et si elle concède aux gens du Livre un statut particulier, la tradition islamique postule en tout état de cause l’irréversibilité de l’islamisation.
Une guerre de religion, le conflit israélo-palestinien ? C’est parfois l’impression dominante, en effet. Et l’on a vu que cette guerre ne manquait pas de munitions, pour peu qu’on veuille y mettre le feu. Fruit de l’intransigeance israélienne, la deuxième Intifada a inauguré un nouveau cycle de violence où le répertoire religieux fut utilisé à satiété, comme si la montée aux extrêmes se trouvait confortée par le divin. Et la thématique islamiste du sacrifice pour la Palestine sembla répliquer, avec virulence, à la brutalité de l’occupation militaire.
La pratique des attentats-suicide témoigne, notamment, de l’exacerbation d’un conflit qui paraît puiser dans la foi religieuse son caractère inexpugnable. La figure du shahid constitue à cet égard, pour les organisations palestiniennes, une réponse en miroir à la rhétorique religieuse de l’adversaire. Face à une droite israélienne qui invoque la Bible pour revendiquer le Grand Israël, le sacrifice suprême des jeunes martyrs vise à battre le sionisme sur le terrain de la foi. Et on oublie trop souvent que le premier attentat-suicide fut perpétré par l’ultranationaliste juif Baruch Goldstein, à Hébron en 1994.
Cette prégnance du religieux dans l’idéologie des protagonistes explique, enfin, un autre phénomène : l’étonnante disproportion entre l’exiguïté du territoire disputé et l’ampleur de l’affrontement dont il est l’enjeu. Lors des pourparlers de Camp David (juillet 2000), l’échelle retenue pour les négociations sur Jérusalem n’excédait pas le mètre carré. Ce phénomène serait incompréhensible sans l’exceptionnelle charge émotionnelle qui s’attache à la terre de Palestine.
Concentré sur le site de Jérusalem, un puissant faisceau de significations symboliques irradie l’espace situé entre la Méditerranée et le Jourdain. La religion, ici, aurait-elle sa part du diable ? Cet excès de sens pour une si modeste géographie vouerait-il à l’échec toute tentative de compromis entre des protagonistes qui campent sur l’absolu ? L’excès de transcendance y rendrait-il impossible la constitution de cette arène politique où se dénouent, habituellement, les différends entre les peuples ?
Nulle part ailleurs, l’enchevêtrement des populations n’est à ce point redoublé par l’enchevêtrement des significations symboliques. Et depuis septembre 2000, le conflit entre l’Etat d’Israël et le mouvement national palestinien, en effet, prend l’allure d’une guerre d’autant plus impitoyable qu’elle semble opposer les prétendants à la possession d’un même espace sacralisé.
Ce parallélisme apparent, toutefois, risque d’induire en erreur. Le sionisme, qu’il soit ou non d’inspiration religieuse, revendique la Terre d’Israël pour le seul peuple juif. Réduisant le judaïsme à une religion nationale et particulariste, il exige la dévolution exclusive de la Palestine à l’Etat juif. Au nom d’un droit divin qui percute le droit international, il postule la judéité intrinsèque d’une terre qui a pourtant accueilli, dans son histoire, de nombreuses confessions.
Cette dévolution ethnique de la terre palestinienne, en revanche, est totalement étrangère à la tradition musulmane. L’islam est une foi universaliste qui n’érige aucun peuple singulier au dessus des autres, et ne crée aucun privilège exorbitant du droit commun. En même temps qu’il sacralise la Palestine, l’islam affirme le droit à la différence religieuse. La charte du Hamas, par exemple, offre une garantie islamique indéfectible au droit des chrétiens et des juifs à vivre en Palestine. Ce qu’elle récuse, c’est la prétention d’un « Etat juif » à y exercer une souveraineté absolue.
Certes, la prégnance du sacré contribue à durcir le conflit. Lorsque la foi devient l’argument suprême, il n’y a guère de place pour le compromis. Les positions des uns et des autres sont affectées d’une intangibilité qui ne favorise pas leur rapprochement et exclut la synthèse. Mais il n’y a aucune symétrie entre les deux parties en présence : leurs prétentions ne sont pas de même nature. C’est un raccourci simpliste d’affirmer que la droite israélienne et la direction palestinienne rivalisent d’intolérance en manipulant le religieux. Et un artifice commode de renvoyer dos-à-dos cette double sacralisation, en la vouant à la même réprobation indignée auprès de la conscience laïque occidentale.
Lorsqu’il a rejeté le plan israélo-américain sur Jérusalem, à Camp David, Yasser Arafat a rappelé ce qu’aucun de ses interlocuteurs n’était censé ignorer, et qui figure dans les documents officiels de l’OLP : « En tant que partie intégrante des territoires occupés en 1967, Jérusalem-Est relève des dispositions de la résolution 242 du Conseil de sécurité. Jérusalem-Est est partie intégrante du territoire sur lequel l’Etat de Palestine, sitôt établi, exercera sa souveraineté ». Le président de l’Autorité palestinienne n’a pas opposé aux prétentions israéliennes le récit coranique du voyage nocturne du Prophète. Il a cité les résolutions de l’ONU. En bref, cette même légalité internationale dont se prévaut aujourd’hui le Hamas, sous-jacente à la proposition de trêve de longue durée formulée dès 1995 par Cheikh Yassine.
Comment, alors, sortir de cette impasse ? Paradoxalement, l’universalité symbolique du conflit est, à la fois, ce qui le rend inextricable et ce qui fournit l’élément de sa résolution. Parce que le conflit israélo-palestinien n’appartient pas aux seuls belligérants, la communauté internationale a des obligations à son égard. Et qu’elle ait été parfaitement incapable de les remplir pour cause de partialité américaine n’ôte rien à leur caractère imprescriptible.
Il n’y a aucune autre issue au conflit israélo-palestinien qu’un partage équitable. Faute d’y parvenir, le conflit demeurera insoluble, comme ligaturé par les frustrations dont il se nourrit. Gravée dans le marbre d’un règlement définitif, la délimitation des espaces de souveraineté fera disparaître le principal motif de l’affrontement. Pour dissiper la confusion du politique et du théologique, la meilleure solution (aujourd’hui), c’est de renvoyer chacun chez soi.
Mais toute la difficulté réside, on l’a vu, dans la définition solipsiste de ce « chez soi » auquel paraît se cramponner obstinément l’une des parties en présence. Dévolu par promesse divine à un peuple singulier, le sacré, clament certains, ne se partage pas. Et si l’inverse était rigoureusement vrai ? Ce partage a pourtant eu lieu durant des siècles, du calife Omar (qui autorisa les juifs à revenir à Jérusalem) jusqu’à l’Empire ottoman, expert en tolérance religieuse. Paradoxalement, il a fallu l’irruption au Proche-Orient d’un nationalisme séculier, à l’abri de l’occupation coloniale britannique, pour ruiner cette coexistence harmonieuse.
Ce n’est pas l’abondance du symbolique qui pousse à l’affrontement, mais la prétention d’un Etat confessionnel (et prétendument laïque) à se l’approprier de façon exclusive. Si la partition du territoire favorise le partage du sacré, c’est précisément parce qu’elle opère la déconnexion entre espace symbolique et espace politique. Partition du territoire entre les deux Etats, partage du sacré entre tous : pour mettre fin à cette guerre, il faut réaffirmer l’irréductibilité du sacré ; et, contre la géopolitique du divin, frapper d’illégitimité toute tentative de s’approprier l’inappropriable.
1 Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, les nouvelles révélations de l’archéologie, Bayard, 2002, p. 150.
Bruno Guigue
Diplômé de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA
Auteur de "Proche-Orient : la guerre des mots", L’Harmattan, 2003
Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article
Issue d’une famille chrétienne , et ayant épousé un musulman , je voudrai témoigner d’un profond sentiment qui m’habite quant au conflit isroëlo-palestinien que je traduis simplement par : « Et Dieu vous éprouvera en ce qu’il vous a donné soyez endurants ! » Force et conviction m’animent depuis le Hadj que j’ai eu la grâce d’accomplir en 2006 . Les musulmans ont la capacité de survivre à toutes les épreuves avec pour modèle : La sounnah de notre prophète (SAW) .
Je voudrais simplement réagir au message de B. A., en date du 24 novembre. Le "partage" du sacré suppose, pour avoir lieu, qu’aucune puissance étatique ne se l’approprie exclusivement. Hélas, c’est exactement ce qu’a fait l’Etat d’Israël. Certes le "Noble Sanctuaire", à Jérusalem, est confié à une association islamique pour sa gestion quotidienne. Encore heureux : c’est comme s’il fallait se réjouir que Notre-Dame de Paris soit confiée à l’archevêché ! Mais l’Etat hébreu a annexé Jérusalem-Est, en toute illégalité, pour faire de "Jérusalem réunifiée" la "capitale éternelle d’Israël". L’Etat d’Israël impose à ce Lieu saint musulman, du coup, une souveraineté juive considérée comme "éternelle" par la Loi fondamentale israélienne : voilà qui se passe de commentaire ... Quant à Hébron, le Tombeau des Patriarches est interdit d’accès aux musulmans depuis 1994, c’est-à-dire depuis le massacre de 29 fidèles musulmans perpétré par l’ultranationaliste juif Baruch Goldstein ! Lorsque je m’y suis rendu en février 2002, j’ai pu le constater : dans l’ancienne mosquée d’Ibrahim, il n’y a que des soldats de "Tsahal" le fusil d’assaut en bandoulière et des colons juifs ultraorthodoxes ...
La réalité iraélienne est décidément fort éloignée de la vulgate médiatique occidentale ...
Bruno Guigue
le "partage" dont vous parlez existe déja.
Ainsi, le mont du temple / esplanade des mosquée est d’un point de vue géopolitique sous souveraineté Israelienne. Cependant l’administration de ce lieu - le plus saint du judaisme - est assurée par une autorité religieuse musulmane palestinienne (le WAKF).
De même à Hebron, le caveau des patriarches (tombeau de Abraham...) sous souveraineté israelienne est partagé en 2 : une synagogue d’un coté et une mosquée de l’autre. certains jours le lieu devenant une unique synagogue et d’autres une unique mosquée.
En revanche il n’existe pas sous souveraineté palestinienne de pareil exemple. Ainsi le tombeau de Joseph à Naplouse aurait pu être "partagé" comme à Hebron ; or les palestiniens en ont décidé autrement.
Pour conclure, le "partage" dont l’auteur parle existe aujourd’hui -de façon imparfaite - en Israel mais est inexistant à ce jour dans les territoires autonomes palestiniens.
Mr.DOGMANE se demande pourquoi les Cros, Boniface, Geisser, Tévanian, Burgat et autres Guigue ne sont jamais invités sur les plateaux télévisés. La réponse est pourtant évidente ! Ces gens là n’aboient pas avec la meute, ils ne rentrent pas dans le moule. Bien qu’étant de brillants esprits scientifiques, leur discours sur l’islam n’est pas asez consensuel : aujourd’hui, pour être médiatique, il faut rester dans l’« air du temps ». Pour passer à la télé, il faut rentrer dans le rang en véhiculant des lieux communs sur les musulmans : rétrogrades, sexistes, misogynes...
A Djamel (et à quelques autres)
Je suis heureux de la réaction de Djamel, le 21 novembre, à mon commentaire du même jour. Si d’autres personnes – musulmanes, juives, ou… ni l’un ni l’autre – sont disposées à aller dans le même sens, peut-on imaginer un bref texte collectif à poster sur Oumma, sans enfreindre l’anonymat du forum ?
Dénonçons l’imposture.
Merci pour cet excellent article de Bruno Guigue : très complet et très éclairant ; servi avec pédagogie et talent. Egalement, la qualité des intervenants sur le forum oumma.com fait, une fois de plus, plaisir à lire. Il y a deux réflexions liées que je souhaite partager avec vous.
La première réflexion tient dans la mesure - consternante et à proprement parler invraisemblable aujourd’hui - de l’ignorance sur l’Islam qui semble affecter la quasi totalité des journalistes, pseudo-experts, hommes politiques et autres pseudo-essayistes qui, en même temps, semblent occuper de manière permanente et exclusive tout l’espace médiatique : presse et TV. Si nous rapprochons cette observation du fait que les études sur l’Islam et les ouvrages sérieux et faciles d’accès depuis au moins les 30 dernières années font florès en France et qu’il suffit de s’adresser chez son libraire pour consulter ces excellents ouvrages et traductions (du Coran également), cette ignorance quasi absolue du sujet devient éminemment suspecte pour ne pas dire plus. La présente guerre mondiale ouverte et dont le front oriental rapporte tous les jours sa cohorte de victimes (Afghanistan, Irak, Palestine, Liban) aurait-elle été également déclarée sur le front occidental par une main mise médiatique absolue avec pour objectif premier de couvrir les exactions et de tenter de légitimer cette guerre qui ne dit pas son nom, ni ne nomme conventionnellement son adversaire ? et avec pour objectif second de préparer et de manipuler les esprits occidentaux à voter dans « le bon sens » à chacune des consultations politiques clés en Europe (avec Merkel ils ont gagné une bataille ; mais quid après Blair ? quid après Bush ? sachant le sort qui a été réservé à Berlusconi et à Aznar). Le temps semble devenir pressant et les exactions sur les fronts guerriers et les déstabilisations semblent progresser toujours davantage en intensité comme en cruauté et en injustice : en effet, l’atteinte du point de non retour de cette folie meurtrière semble devenir l’enjeu des impérialistes belliqueux et justifier cette course croissante vers l’horreur et l’injustice la plus criarde et la plus aveuglement sourde en même temps. Ainsi, pour la France et son échéance 2007, les candidats de « la rupture » Sarkozy (à titre personnel et aficionados suiveurs) et Royal (pour l’ensemble du PS) ont déjà clairement déclaré leurs allégeances à l’ordre impérial atlantico-sioniste ; ainsi se profile - à nouveau - une issue entre, d’une part, le champion français du nationalisme absolu : Le Pen (qui au delà de toutes ses tares : racisme larvé, xénophobie, antisémitisme semi avoué, etc... ; est totalement crédible en revanche sur le fait qu’il n’embrigadera jamais la France derrière les US et encore moins derrière Israël) ; et entre, d’autre part, une relève d’inspiration gaulliste authentique c’est à dire nationaliste certes mais nourrie spirituellement et internationalement d’une volonté agissante et forte de dialogue et de coopération culturelle et économique entre civilisations occidentales et orientales ; toutes livrées et jetées bon gré mal gré dans cet hydre moderne de la mondialisation. Chirac et Villepin ont été les meilleurs orateurs et probablement les meilleurs garants encore de cette ligne de conduite en ce qui concerne les affaires étrangères (guerre de l’Irak et crise actuelle du Liban ; le concept d’un monde multipolaire) ; en revanche, sur le plan intérieur, ils ont visiblement échoué à enrayer cette propagande de guerre vers l’opinion publique et dont le maître mot est la promotion de l’islamophobie, in fine. Donc, une des issues salvatrices pourrait tenir dans un troisième mandat de Chirac qui prendra soin de mettre en avant son équipe gagnante en garantie autour du dernier chevalier blanc de la politique française (en qualité de premier ministre ?) : Alain Juppé (avec Villepin, Alliot-Marie, Breton, Borloo, etc...)
Ma deuxième réflexion est de dénoncer l’imposture du discours dominant en énonçant une vérité fondamentale et qui ne s’est jamais démentie depuis 1400 ans. Alors que de tous temps, les apprentis sorciers avides de pourvoir temporel et ne reculant devant aucune bassesse et/ou d’odieux stratagèmes pour parvenir à leurs fins cupides (le 11/9 est, en l’espèce, une figure de style contemporaine tout comme les ADM irakiens ou la pseudo menace AlQaïda), l’usage du concept d’opposition rivale supposée entre les grandes religions - via leurs adeptes manipulables et fanatisables par ignorance -, a souvent représenté un moyen de choix ; la reprise délibérée à des fins belliqueuses de la théorie du clash des civilisations et le credo islamophobe actuel des néocons-évangélistes wasp-sionistes n’est rien d’autre. Aussi, il me paraît indispensable de marteler la vérité suivante : si toutes les traditions religieuses authentiquement révélées (hindouisme, bouddhisme, taoisme, judaisme, christianisme et d’autres probablement encore et malconnues) et qui ont précédé l’Islam, ont bien été délivrées par volonté divine pour l’édification religieuse d’un peuple donné par la partie exotérique du message et/ou de la révélation porté par un prophète messager saws (sachant que la partie ésotérique inhérente à chaque tradition demeure strictement la même et ne consiste qu’en un même rappel à chaque fois -cf. à ce sujet l’oeuvre magistrale de feu René Guénon), l’Islam et son prophète messager saws ne s’inscrivent dans cette définition de « religion » que pour partie seulement : l’édification religieuse monothéiste dans le sens abrahamique du peuple arabe ; alors essentiellement polythéiste de type animiste. En revanche l’Islam, et c’est là le point et la partie importante et essentielle, par son Livre sacré (le Coran), et par l’exemple de son prophète messager Mohammad saws, se définit et se présente comme la dernière révélation divine protégée par Dieu Lui-même contre toute altération future (cf. Coran) et, comme rappel et synthèse des enseignements divins précédents depuis Adam saws pour toute l’humanité entière ; et ce, jusqu’à la fin de notre monde.
Ainsi, le musulman - adepte de l’Islam - ne peut absolument pas s’opposer à d’autres êtres humains pour des raisons religieuses vu qu’il souscrit et qu’il adhère pleinement par définition à toutes les traditions précédentes connues et/ou méconnues à la condition qu’elles aient été authentiquement révélées (il suffit à n’importe qui de lire une traduction du Coran, même superficiellement, pour s’en convaincre). C’est cette imposture énorme qu’il convient de dénoncer et de marteler, inlassablement et à la mesure des efforts des imposteurs trompés eux-même par cet adversaire absolu de l’humanité entière, qui sur le plan spirituel n’est autre que le diable lui-même, pour tenter de contrer cette propagande islamophobe permanente et grotesque mais qui, pernicieusement et malgré ses formes outrancières, ne désespère pas de marquer et d’influencer les esprits faibles et mal informés (et il y en a assurément ...) ; et bien sûr pour le pire, sans nul doute possible.
Par ailleurs, sur le plan spirituel commun aux trois dernières révélations monothéistes, la fin de notre monde sera précédée par l’avènement d’un personnage faiseurs de miracles et se présentant comme Dieu. Les chrétiens l’appelle l’Antéchrist (car c’est Jésus fils de Marie saws, celui de la seconde venue qui le tuera ; sachant que cette donnée traditionnelle est non seulement confirmée mais enrichie de nombreuses précisions dans la révélation musulmane) et les musulmans l’appelle Dadjjal (en arabe) que l’on peut traduire par l’imposteur. Si la venue effective de ce personnage demeure inconnue à ce jour, le moins que l’on puisse dire et observer aujourd’hui est que sa qualité éponyme le précède largement et de manière aussi inquiétante que consternante.
Très fraternellement,
Djamel Dabeldi
Denis, il me semble que la réponse à ta question se trouve dans le texte que tu as si bien compris. Mais ne l’a tu pas compris et lu, comme nous tous, avec ton oeil ? (sans jeu de mot !)
En fait, le laïcisme ou la laïcité n’est en fait qu’une idéologie avec ces dogmes.
Fameuse analyse. Percutante, originale, intelligente. J’ai le sentiment d’avoir compris - pour la première fois, touché du doigt si je puis dire - les ressorts inconscients des protagonistes. À mon humble avis, ce texte ouvre d’insoupçonnées perspectives... de Paix ! Merci Monsieur Guigue.
pourquoi tant de gens n’arrive pas à voir la réalité à oeil nu. à essayer de comprendre la réalité et non à suivre bêtement ce que les médias disent. merci monsieur guige d’essayer de contribuer à nous donner la vraie version des choses
Je souscris totalement à l’analyse de Denis et c’est dans cette perspective qu’il faut lire l’article de Bruno Guigue. Oui Denis, je suis avec de nombreux autres musulmans prêts à aller dans cette logique pour une véritable paix entre Israéliens et Palestiniens – et entre Juifs et Musulmans.
Djamel
L’approche de M. Guigue est fondamentalement juste. Mais elle a des implications que la plupart des intervenants précédents ne semblent pas avoir comprises.
Si l’on convient avec M. Guigue de la nécessité d’une « déconnexion entre espace symbolique et espace politique », cela s’applique autant à l’islam qu’au judaïsme. Si l’historicité de la tradition juive relative à Jérusalem n’est pas établie, il en va autant de l’historicité de la tradition musulmane. Demander aux Juifs de renoncer à se réclamer du Temple de Salomon (ce qui ne veut pas dire qu’ils cessent d’y croire), c’est aussi demander aux Musulmans de ne pas se réclamer du « voyage nocturne » du Prophète (ce qui ne veut pas dire, non plus, qu’ils cessent d’y croire).
Si l’on accepte le principe du « partage du sacré », la Palestine n’est pas davantage un waqf qu’Eretz Israël n’est la terre promise – elles peuvent l’être l’une ET l’autre, mais cela implique que ni le judaïsme ni l’islam ne soit en position dominante sur l’ensemble du pays.
Enfin, la « partition du territoire » soutenue – à juste titre – par M. Guigue implique la reconnaissance de la légitimité de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif, au même titre que l’Etat souverain de Palestine sera légitime en tant qu’Etat arabe (et/ou musulman, mais ce sera aux Palestiniens à en décider).
M. Guigue, et ceux qui ont salué sa contribution, sont-ils prêts à aller jusqu’au bout de cette logique ? Si oui, ce serait un grand pas en avant pour la paix entre Israéliens et Palestiniens – et entre Juifs et Musulmans.
Toujours aussi brillant Bruno Guigue !
Votre article est excellent en ce qu’il rappelle que toute historicité du récit de l’Ancien Testament est réduite à néant.
Cependant, quand vous concédez que « Le droit des juifs sur la terre d’Israël, dans cette perspective, s’arc-boute sur la transcendance », vous oubliez, en passant, de discuter de l’historicité du texte lui-même. Or, pour ce que la science historique peut en dire, la version la plus ancienne de ce texte ne remonte pas antérieurement à ce que l’on nomme la Septante, l’Ancien Testament, la Thora, compilation de mythes divers d’origine moyen-orientale*. Et cette compilation fut conçue vers la fin du troisième siècle avant notre ère, pour servir les visées des Alexandrins sur la Palestine. Il s’agissait de justifier la colonisation de ce pays de cocagne (cf. l’étymologie du mot “Sion”, de la même racine, grecque, que sitos, le blé, et plus généralement, toute culture de végétaux). La Bible, depuis sa première version, la Septante, est un programme sioniste d’occupation et d’extermination des autochtones. Déjà, si l’on peut dire. . .
La croyance en la "sacralité" du texte de la Thora revient donc à sacraliser un programme de conquête, d’occupation d’une terre et d’extermination de ses habitants. Il n’y a là aucune transcendance, ou alors il faut admettre que l’ignorance est une transcendance.
* Ces mêmes mythes que l’on retrouve dans le Coran, sous une forme plus nettement orale, et sans doute plus authentique dans la mesure où leur transmission s’est effectuée dans des société de caractère justement traditionnel. C’est en ce sens que l’on peut parler de l’antériorité du Coran sur la Bible. Ceci bien entendu en n’envisageant que l’aspect historique des choses.
Dieu tout puissant a dit" lis, au nom de ton Seigneur qui a créé..."Sourate 96 Al Alaq , Coran. Et vous, monsieur Guigue vous avez su lire consciencieusement et honnetement pour enfin réussir à nous éclairer justement sur ce qui est véritablement le conflit Israelo-palestinien et je suis sur que uniquement de cette manière qu’est "le savoir", qui éclairera le coeur et l’ésprit de tout être vivant, oeuvrons donc pour l’instruction de tous pour que justice soit faite. Et merci pour votre immense et remarquable travail.
Il convient de souligner que le Coran atteste que le Prophète Souleiman (Salomon) a demandé à Dieu un Royaume que nul autre que lui n’aurait après lui. Il est rapporté que Dieu exauça son vœu. C’est la raison pour laquelle la magnificence du règne de Souleiman se perpétue jusqu’à nos jours et alimente les rêves et l’imaginaire collectif de tous les monothéismes. Toujours est-il qu’il ne faut pas prendre ces événements comme mythes fondateurs pour légitimer l’exclusivité et le rejet de l’autre. Car, dans toutes les religions, le point de départ est d’abord l’ancrage de la religion dans le cœur pour appliquer avec pertinence les commandements divins. Or, l’application dogmatique des commandements sans l’intuition créatrice du cœur risque de conduire à appliquer des lois complexes qui finissent par rebuter. D’ailleurs, c’est ce qui causa la chute du Royaume d’Israël à l’époque de son dernier Roi Josias, lors de sa défaite à Har mégido, en 609 avant l’ère chrétienne. Le message est clair : sans le rôle régulateur du coeur, l’instrumentalisation de la religion conduit à l’absurdité et à l’échec !
Voilà un article qui nous change des analyses apologétiques qui ont cours dans les médias. Bruno Guigue a su poser la question avec brio !
Excellent, vraiment pertinent !
Merci à monsieur Bruno Guigue de cet article objectif et juste qui, en revenant sur certains aspects de l’histoire, a remis à sa place un peu d’ordre dans ce bourbier médiatique et dans cette guerre de désinformation qui est manifeste en Europe. Le conflit israélo-palestinien est un sujet de tous les maux quand on essaie d’y apporter une analyse juste et impartiale.
En tout état de cause, les gouvernements successifs israéliens, au cours des années précédentes jusqu’à ce jour, n’ont apporté aucune solution mais un mépris humiliant pour la vie des palestiniens. Etant donné les échecs subvenus au cours de ces années, ne faudrait-il pas se poser les questions suivantes :
- Que veut le peuple israélien ? - Où va t-il et où cela le mènera t-il ? - Quel est son but ?
Si le peuple israélien se revendiquant d’une démocratie à l’inverse de ses pays voisins, pourquoi n’opère t-il pas lui-même son propre changement vers une marche véritable à la paix ? Ce n’est pas irréaliste ou utopiste de dire qu’une révolution peut naître si un peuple est déterminé à un changement radical vers une paix comme il le fut jadis (l’époque où les trois religions monothéistes vivaient en parfaite harmonie) : n’est ce pas un véritable défit pour tous les peuples oeuvrant vers la paix.
Je suis profondément peiné que, dans des débats télévisés sur des chaînes publiques payées par les contribuables, on n’invite pas des personnes comme Bruno Guigue, François Burgat, Esther Benbassa, Pascal Boniface et tant d’autres pour nous permettre de mieux comprendre le conflit israélo-palestinien.
"Les empires se forment, s’agrandissent et se stabilisent un tant soit peu, avant de se désagréger et de disparaître…. Avons-nous un moyen d’empêcher cette chute, cet effondrement, nous est-il possible de freiner le destin du colonialisme européen actuellement à son point critique ? En fait, l’Europe est devenue un vieux continent aux ressources épuisées et aux intérêts émoussés, alors que le reste du monde, encore en pleine jeunesse, aspire à plus de science, d’organisation et de bonheur." (in – dossier spécial (page 225) sur le conflit israélo-arabe publié dans le n° 253 BIS Juin 1967 des "Temps Modernes" et présenté par Jean-Paul Sartre). Cette véritable "harangue géostratégique", c’est le début de l’allocution prononcée par Camille Bitterman, Président du Conseil Britannique (1907), devant une Commission chargée par le Gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, de rédiger des recommandations sur les moyens de "perpétuer la domination de l’Empire Britannique dans le monde". Cette Commission composée d’historiens et de sociologues illustres, - Dieu merci, les "politologues" et autres "experts", n’existaient pas encore….- élabora donc un important Rapport qui soulignait d’une manière primordiale, "la nécessité de lutter contre l’union des masses populaires dans la région arabe ou l’établissement de tout lien, intellectuel, spirituel ou historique entre elles". Le Rapport préconisait en outre, la recherche de "tous les moyens pratiques pour les diviser autant que possible". Comme moyen de parvenir à cet objectif, le Rapport suggérait "l’édification d’une barrière humaine puissante et étrangère à la région – pont reliant l’Asie à l’Afrique – de façon à créer dans cette partie du monde, à proximité du Canal de Suez, une force amie de l’Impérialisme et hostile aux habitants de la région." ……………………………………………………………………………………………………… Bruno Guigue a donc parfaitement raison de recadrer le Conflit israélo-arabe, dans toutes ses dimensions complexes, en particulier dans sa dimension essentiellement impérialiste, c’est-à-dire coloniale. Il est à peine exagéré de dire que la colonisation de la Palestine par l’Etat sioniste d’Israël est comparable aux colonisations "blanches" des continents américain et australien ; c’est-à-dire qu’elle prétend s’accomplir par la quasi négation des populations autochtones ; si les méthodes différent, les objectifs sont les mêmes : Ici comme là-bas, il s’agit de substitution de populations. Il est donc indéniable qu’Israël est d’abord un fait colonial comme plusieurs auteurs n’ont cessé de le souligner depuis sa création. (Abdelkader DEHBI)
"Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage".Ce conflit perdure parceque certains veulent l’élimination physique du peuple de Palestine,à défaut de le voir partir volontairement ou de l’évacuer par la force.
C’est un "sacré" article que ce texte. :)
Bravo pour votre travail, monsieur Guigue. Se connaître et connaître l’autre est en effet une nécessité pour qui souhaite construire la paix.
Toutefois, il me semble que ce texte fait l’impasse sur les implications du "christianisme" dans ce conflit. La foi des évangélistes américains n’est pas étrangère au conflit ni à son maintien. On peut se demander si l’attitude des pays occidentaux n’est liée qu’au poids historique (rapport à l’antisémitisme par exemple). Lorsque l’on affirme que l’Europe est de tradition "judéo-chrétienne’ n’affirme-t-on pas ou ne cherche-t-on pas à se convaincre d’une réalité plutôt religieuse (len christianisme-judaïsme) que sociale ?
Il me semble que ce conflit, n’oppose pas uniquement Juifs et musulmans mais que les trois religions monothéistes se trouvent impliquées. L’Occident bien que se targuant de neutralité "scientifico-laïque" est tout au contraire partie prenante à part entière.
Une analyse qui tombe à point nommé à l’heure ou l’on tente de nous faire croire que le hamas est une organisation de fanatiques religieux. Merci également pour avoir rappelé à notre mémoire que le premier attentat suicide a été commis par un juif. En tout cas , votre article résume bien la situation actuelle : le téléscopage du mythe religieux avec le droit international. Merci encore M. Guigue pour cet article plein de talent et d’objectivité.
