|
|
Abonnez-vous: RSS E-mail Twitter | |
| Vendredi 12 Mars 2010 | ||
|
|
|
|
Articles
L’exil, dit-il
vendredi 21 novembre 2008 - par Farid Laroussi
Je connais les barbares. Longtemps je fus un des leurs. Dans mon HLM la France avait une odeur de chien mouillé, genre berger allemand. Aujourd’hui la République a du mal à reconnaître ses enfants, ceux qui lui rient au nez, la sifflent, bref la prennent pour une fille de charbonnier, elle qui s’était crue impératrice du temps des colonies. On est en 2008. La laïcité fait force de loi. Dans son orbite les discriminations ont bien tourné. Je veux dire qu’il n’y a pas eu de miracle. Il y a des existences ravagées dans le tout-à-l’égoût de l’origine insituable. Un nom, une couleur de peau, une confession religieuse. Nos compatriotes devraient pourtant savoir qu’on ne fait jamais semblant d’être français. Reste la possibilité de faire place nette. Mais au fond peut-on se tourner ailleurs sans se contredire ? Oui l’émigration des enfants d’immigrés d’aucuns argueront. Mais là ce n’est même pas un exil, tout juste du désamour. Dans nos nuits américaines il y a toujours un rêve qui dit un nom. Ne croyez donc pas ceux qui soutiennent que la patrie confine à la métaphysique. Les choses sont plus simples : la France est un drame bref qui dure longtemps, une fièvre qui brûle les coeurs les plus froids. Les voitures cramées à côté ? De la rigolade pour une déontologie exsudée par des médias mercenaires ! Nulle désillusion ne se compare à celle de fils sans lendemain que nous fumes. A croire qu’après le printemps de l’immigration a suivi l’hiver de l’intégration. Pour peu qu’on ait du sang post-colonial dans les veines, on a toujours le sentiment de ne pas avoir assez duré. Quant on me demandait : « Francais oui, mais de quelle origine au juste ? » une anxiété me prenait à l’idée de recommencer à être quelqu’un d’autre. Juste pour faire plaisir, pour rassurer aussi. On finit par oublier, ou presque. Du côté de mon Toulouse je faisais les vendanges. Les corneilles guettaient le grain écrasé. Mes amis, Bernard, Stéphane, quittaient le bureau, à la préfecture ou à la mairie. Le soir virait au rose, c’était leur vie. On dissèque les phrases, puis les émotions. On se rend compte qu’on n’a rien pu inventer comme fausse note dans l’accordéon de la vie de Français-d’origine-quelque chose. J’aimerais pourtant que la ritournelle me lâche depuis que j’ai mis l’Atlantique entre moi et tout ça. Rien n’entaille la double trahison de la mère-patrie sur notre dos et entre soi-même, dévorés que nous étions par l’ombre attardée de la citoyenneté. Le jour des élections nous faisons encore antichambre. Notre bulletin de vote n’arrive pas à l’Assemblée nationale. Des gens bien intentionnés, blancs judéo-chrétiens quoi, débatent, décrètent en notre nom, normal nous n’avons pas d’Histoire pourquoi aller nous occuper de celle des autres ? C’est drôle lorsque je vois mes étudiants américains se griser de la banlieue, en faire leur western puisque que les westerns sont morts pour de vrai. Il leur suffit de quelques films très « cité », de musique rap, pour que les personnages surgissent : le beur, le flic, le chômage. On ne peut guère leur en vouloir d’être fascinés par la banlieue si c’est pour oublier le ghetto. L’histoire finit toujours par creuser dans la géographie, question de temps et de pouvoir. Je leur dis que le racisme à la française est plutôt idéologique, il est vieux et sûr de lui. Celui à l’américaine est sociologique, il jouit de ses complicités économiques et religieuses. A peine me croient-ils. La mondialisation a compliqué la problématique : plus on échange, plus on ferme les frontières. En vérité c’est l’agonie du socialisme marxisant qui a révélé le triomphe du capitalisme mondialisé. Nous naviguons dans un univers propice à l’uniformité et en même temps exalté par son pouvoir de fragmentation. Les établissements financiers sont renfloués tandis que le tissu industriel se pare de sa défroque de plans sociaux et de délocalisations. Ansi le non-lieu de la mondialisation fomente-t-il contre la nation. Forcément la mémoire devient cette dame d’un certain âge qui attend chaque nuit que son amant de jadis gratte aux volets. Que le fil narratif dévie, que le profil change, tout alors devient suspect dans le grand moule du nationalisme. La Marseillaise que l’on conspue au Stade de France est-elle la même que l’on jouait à Alger, à Dakar, ou à Saïgon, cent ans plus tôt ? C’est reposant de désapprendre l’ironie de l’Histoire. C’est bien connu, la diversité n’existe pas en France. Tout fonctionne comme si cette tranche post-coloniale de la France était incapable de créer sa culture, son programme politique surtout. Sans jamais manquer de ferveur démocratique, nous sommes restés loin de songer devenir de ces gens des partis que ne fait déroger tant que la représentation par le haut. « A nous le Palais Bourbon, à vous la case de l’oncle Ali ». L’interdit ou la non-reconnaissance de l’altérité citoyenne me font penser à ces voies ferrées où l’on ne voit guère de train roulant en sens inverse. La nuit peut-être. Sinon c’est à sens unique. Y-aurait-il donc des voyages en retour que l’on ne ferait pas ? Rien de très précis, parait-il. Comme pour ceux qui voulaient à tout prix que je m’appelle David. Et aussi quelques mauvais professeurs pour qui la formule -Pour choisir une carrière- était le meilleur moyen de remettre sur les rails le vieux train colonial : mécanicien, chauffagiste, électricien voilà qui assurera ton avenir et celui de la France ! Ce flou me rappelle des photos. Un de ces exercices à la Perec dans son souvenir d’enfance. Nous sommes droits dans nos galoches. Il faut être quelqu’un d’autre. On sait faire. Pas juste être le camarade de classe de seconde, l’arrière de l’équipe de football, ou le pote de service à cheval sur une mobylette. Là on serre les dents, ça remonte depuis les tripes. Déjà en voie de fixation, le sourire stylisé, on affichait l’ambition de partir, dire un jour qu’on est « arrivé ». Mots clésFarid LaroussiFarid Laroussi est professeur de littérature française contemporaine et de littérature du Maghreb d’expression française, à l’université Yale (New Haven, Connecticut). Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article9 décembre 2008
Poil de Carotte a dit :
Les HLM ne sont pas un signe d’exil, ils ont été créé après la guerre pour faire face aux destructions. Les personnes les ayant habitées ne les ont pas dégradés, pourtant ils n’avaient pas toutes les fonctionnalités d’aujourd’hui. Le HLM n’est pas un exil mais évidemment ce n’est pas le paradis et il y’a un problème de ghettoisation. Cependant dans des pays africains, beaucoup de gens vivant dans des baraques en tôles aimeraient bien avoir même le tiers du confort de ces HLM diabolisés par certains. Autre chose mon beau-frère est marocain et parfaitement intégré sans nullement oublier ses racines, juste un accomodement personnel de 2 univers. On dit la diversité est une chance, on le dit pour les français de souche, pourquoi ne le dirait-on pas pour des personnes justement issues de la diversité ? Les 2 univers occidental et oriental ne doivent pas se voir en chien de faïence mais en univers complémentaires.
22 novembre 2008
Oumma.com-uk-fan a dit :
DIDIER Merci pour votre reponse interessante. Les accusations formulees contre la France dans le rapport 2008 du gouvernement rwandais sont effroyables. Votre intervention, certes pertinente, ne repond pas a la question : Pourquoi le gouvernement francais n’a t-il pas lance une plainte officielle aupres des tribunaux internationaux ou par le bias de l’ ONU contre le Rwanda ? Entre autre, le rapport accuse la France de ne pas seulement avoir formé l’armée nationale, mais aussi les milices Interahamwe, ces vagabonds qui ont été en grande partie responsable de l’exécution du génocide. Cela a été confirmée par un policier militaire français, Thierry Prugnaud, dans une interview à la télévision française, le 22 avril 2005. "J’ai vu des membres de l’armée française apprendre des milices rwandaises a utiliser les fusils. C’est arrivé plusieurs fois mais la seule fois où j’ai vu quand il a été près de 30 miliciens ont été formés à faire feu dans le parc national d’Akagera." La lumiere n’a pas ete faite sur les supposees atrocitees commisent par les soldats francais en 1994 dans le stade de Cyangugu. “Paris ne peut pas rejeter ces récits sans enquêter en profondeur et sans répondre point par point à chacune des centaines d’accusations. L’enjeu est d’établir avec exactitude les responsabilités dans le dernier génocide du XXe siècle. La France, qui tient et qui a contribué à ce que la lumière se fasse sur le génocide des juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale, ne peut pas refuser de se confronter aux effroyables récits rwandais, au motif que ses dirigeants étaient, disent-ils, animés de louables intentions, et qu’une aventure africaine a mal tourné. “ (Le Monde, 6 août 2008) * Rémy Ourdan (Le Monde, 6 août 2008) 21 novembre 2008
Didier a dit :
A oumma.com-uk-fan Je me permets de réagir à propos du Rwanda que vous évoquez, et sur "les agissements de la France au Rwanda en 90-94" qui démontreraient "un mépris des Africains" (je vous cite). Je voudrais porter à votre connaissance l’avis non officiel de responsables de l’ONU sur les missions de paix, en Afrique entre autres. Cet avis repose sur les amères expériences vécues depuis de nombreuses années, notamment en Afrique, en matière d’intervention militaire sous mandat international. Pour eux, ils faut distinguer les forces d’interposition et d’intervention, et des forces de protection. Dans l’interposition (entre deux pays ou communautés), en général des forces armées bien équipées avec un mandat de mission défensive peuvent se révéler suffisantes. Pour l’intervention, les effectifs militaires requis cela dépendent de l’évaluation des forces opposées. Cela peut aller du coup de main à l’opération de très grande envergure (comme la guerre du Golfe), et dans tous les cas un mandat de mission offensive. Dans la protection (des populations civiles s’entend), notamment dans le cas de conflits inter-ethniques, il faudrait une présence militaire massive et dispersée que jamais les forces de l’ONU n’ont réussi à mobiliser. L’évaluation fondée sur l’expérience est qu’il faudrait à peu près 50 personnes de l’ONU pour 1 000 civils à protéger, en sachant que seuls 30% des effectifs mobilisés (soit 17 des 50) sont des opérationnels, et que ces 17 opérationnels se répartissent, en gross, en "3" équipes de militaires pour assurer une protection 24h/24. Ce qui veut dire 6 soldats disponibles en permanence pour 1 000 civils. Le résultat est là : pour avoir 5 ou 6 militaires assurant la protection permanente de 1 000 civils, il faut un effectif de 50 personnes ! Calculez : pour 2 millions de civils à protéger, il faut 100 mille personnes, dont 30 mille seraient opérationnelles et avec une présence permanente de 10 à 12 mille soldats sur le terrain. En outre, pour être efficaces, ces forces devraient disposer d’un mandat d’opérations militaires préventives et offensives dont elles ne disposent presque jamais des gouvernements. L’exemple dramatique de la République Démocratique du Congo en ce moment même est l’illustration de l’incapacité d’une force de protection dans un conflit de type guerre civile. Même avec 17 000 soldats, ils sont beaucoup trop peu nombreux (ils devraient être au moins 10 fois plus), insuffisamment équipés, sans logistique extrêmement lourde, à la fois militaire, sanitaire et alimentaire, le tout dans un pays où les moyens de communication sont quasi nuls, c’est une cause perdue d’avance. Tout ceci pour dire que dans la cas du drame épouvantable du Rwanda, quelles que soient les critiques que l’on puisse à tort ou à raison faire à la France, ses effectifs étaient de toute façon manifestement ridicules au regard de que l’on a appris depuis à estimer comme nécessaire. Et même désormais en le sachant, l’ONU est incapable d’y faire face (voir l’exemple cité de la République Démocratique du Congo), pour des raisons matérielles, financières et politiques. Je ne pense pas qu’il s’agisse de mépris, comme vous le croyez, je pense qu’il s’agit d’une sous-estimation chronique de la violence dont est capable l’homme vis à vis de homologue qui n’est pas de la même origine ou de la même ethnie. Et dans des endroits où la société n’est pas suffisamment structurée et où s’affrontent des chefs de guerre, cette violence prend rapidement des proportions inouïes, totalement inhumaines pour aboutir parfois à de vrais génocides. 21 novembre 2008
Oumma.com-uk-fan a dit :
ERRATUM.
Il faut lire :
Le mode de vie musulman et occidental sont-ils compatibles ?
au lieu d’incompatibles.
21 novembre 2008
Oumma.com-uk-fan a dit :
A Farid Laroussi Voici les resultats d’une enquete realisee par les efforts conjoints d’ organisations europeennes et americaines.“The inaugural Transatlantic Trends : Immigration public opinion survey.” http://www.transatlantictrends.org/trends/doc/TTI_2008_Final.pdf Deux questions qui ont ete posees a un echantillon de Francais ; Britanniques ; Americains ; Allemands ; Hollandais ; Italiens et Polonais.
A la lecture du compte-rendu, une conclusion s’impose : La France serait le pays le moins hostile a l’immigration et aux Musulmans ! Qu’en pensez-vous Farid Laroussi ? 20 novembre 2008
Oumma.com-uk-fan a dit :
Farid Laroussi ecrit : « le racisme à la française est plutôt idéologique » Les Francais ne sont majoritairement pas racistes mais le comportement de certains hommes politiques et intelectuels francais est impregne de racisme ideologique. Arthur de Gobineau , le pere du racisme a la francaise, est l’un des fondateurs des théories racistes. Son écrit le plus (tristement) célèbre est son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855).Dans "La Couleur et le sang. Doctrines racistes à la française" P.-A. Taguieff ecrit :"l’antigobinisme s’est mécaniquement intégré dans l’antifascisme comme l’une de ses composantes culturelles. L’oeuvre de Gobineau est devenue une honte pour la France" (p. 58). Doit-on en conclure que pour Pierre-André Taguieff, l’oeuvre de Gobineau doit être un honneur pour la France ? Comment expliquer que Jules Ferry soit toujours admirer et cite en exemple ? Les agissements de la France au Rwanda de 1990-94 ne demontrent t-ils pas un mepris des Africains ? Andrew Wallis membre de l’universite de Cambridge decrit dans son livre "silence complice" le role de la France dans le genocide des Tutsis 19 novembre 2008
farid B a dit :
Bonjour, salam, C’est une reflexion interessante qui parle d’exil et d’integration. L’exil volontaire ou imposé. Partir ou rester ? C’est Mahmoud Darwich poète palestinien exilé aux Etats-Unis (décédé recemment) qui parle le mieux de l’exil car il l’a lui même vécu. Partir, quitter sa terre natale c’est subir le chagrin écrasant de l’éloignement, c’est se couper de ses racines, de sa terre, de son histoire, l’exil est une solitude ressentie en dehors du groupe. Mahmoud Darwich « Mais je suis l’exilé Prends-moi sous tes yeux Où ue tu sois, prends-moi Rends moi la couleur du visage et du corps La lumière du cœur et des yeux Le sel du pain et de la mélodie Rends moi le goût de la terre et de la patrie » Par conséquent l’exil fait rejaillir le soucis d’intégration qui a été à l’origine de l’exil, c’est une simple delocalisation de l’integration Finalement une solution altenative a l’exil ne reside t elle pas dans le simple fait de refuser l’exil et rester pour résister aux discriminations triomphantes, faire changer les choses ?... c’est Edward Said intelectuel palestinien decédé, exilé aux etats unis , qui montre le mieux que l’exil peut aussi apporter un nouveau regard sur le monde. « J’ai défendu l’idée que l’exil peut engendrer de la rancoeur et du regret, mais aussi affûter le regard sur le monde. Ce qui a été laissé derrière soi peut inspirer de la mélancolie, mais aussi une nouvelle approche. Puisque, presque par définition, exil et mémoire sont des notions conjointes, c ’est ce dont on se souvient et la manière dont on s’en souvient qui déterminent le regard porté sur le futur », L’exil confere un regard nouveau sur le monde, c’est tout ce que l’on souhaite a Farid Laroussi Enfin je termine en apportant une derniere remarque "Sans jamais manquer de ferveur démocratique, nous sommes restés loin de songer devenir de ces gens des partis que ne fait déroger tant que la représentation par le haut." Je crois que ce sont surtout les partis politiues qui sont rester loin et qui ont mis des barrieres quant à la participation des "comme ils disent" des gens issus de la "diversité". Il sufit de réecouter l’intervention d’Henri Emmanuelli PS sur ce site même, c’est criant. 19 novembre 2008
Abou Tahar al-Tlemceni a dit :
Il ne s’agit pas de dire que l’Amerique c’est les paradis, nul n’est naif a ce point ! Le sujet ici, me semble-t-il, est que la France reste invivable pour les enfants de l’immigration post-coloniale. Nul Francais ne devrait faire de compromis sur son identite. Pourquoi donc cette loi scandaleuse contre le foulard ? Pourquoi (sans jeu de mots) est-ce la croix et la banniere pour faire construire une mosquee, une ecole privee musulmane ? Pourquoi certains optent-ils pour un changement de nom afin de mieux faire passer leur c.v. ? Reveillez-vous les mecs ! Si ailleurs on est traites d’egal a egal, alors pourquoi pas ! On ne doit rien a la France, c’est plutot elle qui nous doit, et beaucoup plus qu’on ne peut imaginer.
19 novembre 2008
Victor a dit :
Je comprends parfaitement le sens du texte de Farid Laroussi. Lorsqu’on naît dans un pays et que l’on aimé ce pays, lorsqu’on a réussi un parcours exemplaire sur le plan scolaire et qu’à la fin on est discriminé, je comprends que l’on puisse partir à l’étranger aux Etats-Unis en l’occurence , où il est tout de même possible d’être reconnu à sa juste valeur.
19 novembre 2008
thé ou café ? a dit :
De fait le monde n’est pas manichéen, Mr LAROUSSI a tort et raison à la fois... Nier l’existence d’un racisme post-coloniale serait démontrer d’un aveuglement certain, mais en faire le fondement idéologique et immuable de la société française également. Comme dans la société américaine où des forces insoupçonnables peuvent élire un président métisse contre le KKK, il existe en France des forces réelles et définitivement supérieures qui effaceront demain les injustices d’hier... Patience Mr LAROUSSI, vous pourrez bientôt revenir en France assumer des responsabilités politiques ou culturelles comme votre travail en démontre l’évidente capacité ! 19 novembre 2008
Eric a dit :
Un texte d’une grande force et émouvant.
19 novembre 2008
Didier a dit :
Difficile de ne pas voir une profonde aigreur dans ce texte. Cette aigreur qui noircit le gris que l’on rejette et qui éclaircit le gris que l’on accepte, et qui tôt ou tard devient manichéisme. Ce que décrit l’auteur n’est pas le propre d’une souffrance morale propres aux émigr, mais décrit celle de tous ceux qui ne sentent marqués par leur naissance. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas encore si longtemps, en France, on naissait ouvrier pour mourir ouvrier, les instances dirigeantes ou de décision étaient réservées à une classe qui s’auto-alimentait. Le racisme dont on parle a longtemps été, et l’est parfois encore, un "racisme de classe" si ce mot à un sens. Cela serait plus évident à constater si on voulait simplement admettre que les problèmes rencontrés ne sont pas réservés aux seuls français-d’origine-quelquechose, pour reprendre la locution de l’auteur. meme s’ils sont nombreux à le vivre. Cela lui éviterait de parler d’un racisme "idéologique" en France, ce qui est hallucinant de sapart quand on connaît la signification et la portée de ce mot. Et le dire d’un pays d’accueil (les USA) qui, il y a une quarantaine d’années avait encore certains états ségrégationnistes, il faut oser ! On comprend (et c’est l’auteur lui-même qui le dit) "que ses étudiants (américains)le croient à peine" quand il fait de telles affirmations. 19 novembre 2008
grya26 a dit :
Moi même fils d’émigré algérien, vivant en France depuis toujours et ayant participé à la lutte contre la colonisation,(mes oncles sont tombés pour l’indépendance de l’Algérie)j’ai connu bien des agressions racistes depuis mon tout jeune âge. Pourtant à 62 ans je vis toujours en France où je profite de ma retraite bien méritée,ayant commencé à travailler dés 14 ans. Aujourd’hui propriétaire de ma maison, marié à une algérienne(mariage non reconnu par l’Algérie pour cause de religion incompatible)père de deux grands enfants et grand père de deux petits enfants je ne peux pas lire votre contribution sans réagir. Il se trouve que je rentre d’Algérie où avec mon épouse nous avons passé quelques jours dans la famille. Et bien je peux vous le certifier,il n’y fait pas bon vivre pour l’écrasante majorité de la population.pour les jeunes le chômage est leur lot quotidien, pour les familles c’est la vie dans des logements trop petits où on cohabite à dix dans un trois pièces.C’est des prix très élevés pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. Le libéralisme fait des ravages,le service publique est réduit à sa plus simple expression, les ordures ménagères non collectées encombrent les rues des quartiers populaires, la voirie est dans un état lamentable, etc etc... A coté de cela les parvenus affichent avec insolence leurs richesses mal acquises.Les libertés individuelles sont bafouées.La corruption est érigée en système de gouvernance. Tout cela pour dire qu’il est criminel de laisser croire qu’il existe sur cette terre un endroit où les hommes seraient plus beaux. Un endroit où la justice serait de mise pour tous sans qu’il soit nécessaire de lutter pour se faire respecter. Alors monsieur de grâce, mettez un peu d’eau dans votre vin si tant est que vous en consommiez.Non la France ce n’est pas le paradis, mais les français de souche tout comme les autres sont victimes des mêmes maux engendrés par la mondialisation,le libéralisme y fait les mêmes ravages que partout ailleurs et les plus pauvres, qu’ils soient black, blancs, beurs,sont logés à même enseigne. 19 novembre 2008
je serai mal placée pour me sentir complètement concernée par cet article et pourtant... Je fais partie de ceux arrivés en début des années 90 en France ("fuyants" un climat insoutenable en Algérie)avec un diplôme universiataire... et qui ont pu arracher leur place au sein de la société, ce dont étaient ou sont encore privés les nés en France d’origine de quelques part, même s’ils n’ont jamais connu ce quelque part ! Mais finalement, je me dis que ce n’est qu’une question de temps et cela devrait arriver - les issus de queque chose feront parler d’eux un jour, mais en responsables, en décideurs même et j’ose le croire avec ce qu’appelle Abdelmalek Sayed "la disparition de l’illusion du provisoire" en parlant de leurs parents Pour compléter cet article, cela me pousse à vous conseiller modestement (si ce n’est pas encore fait)la lecture de son ouvrage L’Immigration ou les paradoxes de l’altérité. 1 - L’illusion du provisoire, publié en 2006 chez Raisons d’agir Bonne journée à vous tous. Souad 19 novembre 2008
hassane a dit :
mercii beaucoup Farid, je dis aux autres francais boycotés de bouger pour changer la donne.
19 novembre 2008
Acher a dit :
Très intéressant.
Ici, au Canada, justement, je connais plusieurs "enfants d’immigrés" qui se plaisent car ils ne sont pas assez français, et ne parlent pas non plus arabe. Donc ni Marocaine, ni Tunisien, ni Français, même si effectivement Français de deux parents Marocains ou Tunisiens. Canadien/e, oui.
Ici, c’est autre chose. Le multiculturalisme est aussi dans une certaine mesure l’alibi idéal de l’ultralibéralisme. "Chacun a sa chance, tant pis pour celui/celle qui ne la prend pas, il/elle en est le/la seul/e responsable". Mais au moins, il en est responsable.
|
|
| » Mentions légales | » Qui sommes-nous ? | » Plan du site | » Agenda | |
| » Nous contacter | » Revue de presse | » Horaires des prières | » Coran | |