Tuesday 13 May 2008

Le Hamas

Par Sébastien BOUSSOIS
mardi 29 avril 2008

Le Hamas

Préface de Dominique Vidal Khaled Hroub

Traduit de l’anglais par Laurence Decréau

Demopolis 240 pages, Paris, Avril 2008

On ne parle que du Hamas depuis que le mouvement islamiste a gagné les élections législatives en janvier 2006, au détriment d’un Fatah déphasé après les échecs des négociations de Camp David en 2000, la seconde Intifada et la mort de Yasser Arafat. Ayant pris la tête du gouvernement à dominante islamiste, puis, en avril 2007, d’un gouvernement d’union nationale avec son rival, le Hamas a fini par s’emparer violemment de tout le pouvoir à Gaza en juin 2007. Bien que placé sous les feux de l’actualité palestinienne et alors que sa percée s’inscrit dans une vague régionale, le mouvement de résistance, qui figure plus que jamais sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des Etats-Unis et d’Israël, n’a pas suscité, jusqu’ici, de livre de fond.

Comme l’écrit Dominique Vidal, historien et journaliste, dans sa préface, « le mouvement a progressivement plongé ses racines au plus profond de la société palestinienne ». Né sur les décombres de 40 ans de frustrations palestiniennes, en 1987, lors de la première Intifada, créé par le Cheikh Ahmed Yassine mort assassiné depuis, le « mouvement de résistance islamique » s’inspire des Frères musulmans dont il est issu afin de mener un combat nationaliste et religieux pour la libération de la Palestine. On retient, à juste titre, les attentats-kamikazes dont le mouvement s’est rendu coupable en Israël, son refus de négocier avec ce dernier et les atteintes aux libertés auxquelles il se livre à Gaza contre ses adversaires.

Mais, comme l’explique l’intellectuel palestinien Khaled Hroub dans son ouvrage du même nom, le Hamas ne se réduit pas, loin de là, à ces seules dimensions. Historiquement, politiquement, culturellement, religieusement et socialement, c’est à la fois le principal mouvement islamiste palestinien mais surtout une formidable alternative aux failles du Fatah, décrédibilisé par son échec stratégique, sa gestion corrompue et son absence de vie démocratique interne.

Le Hamas était idéologiquement le mieux placé pour faire face à l’impasse des accords, processus de paix devenu processus d’occupation : doublement du nombre de colons, désarabisation de Jérusalem-est, transformation de la Cisjordanie en bantoustans, multiplication des check-points, incursions israéliennes et contrôle effectif des Territoires face à une Autorité palestinienne impuissante.

Très présent sur le terrain social local depuis 20 ans, le Hamas - même si, comme l’écrit l’auteur, « il ne souhaitait pas gagner les élections » - a dû faire face à ses responsabilités à l’annonce des élections. Au lieu de négocier avec le vainqueur des premières élections démocratiques réalisées dans un pays arabe du Proche-Orient, l’Occident a imposé des sanctions à une population déjà frappée pour moitié par le chômage et vivant aux deux tiers avec moins de deux dollars par jour. L’instauration d’un gouvernement d’unité nationale s’inscrivant explicitement dans la perspective de deux Etats n’y a rien fait : l’embargo des Etats-Unis et de l’Europe a accéléré la radicalisation des éléments islamistes. En « punissant » les Palestiniens, l’Occident les a poussés un peu plus dans les bras de l’aile la plus radicale du Hamas.

Sur le fond, le livre revient dans un jeu de questions-réponses sur la structure, l’idéologie, la stratégie, les soutiens, les attentats kamikazes, l’enracinement progressif du Hamas dans l’histoire et le présent de la société palestinienne. Khaled Hroub a rencontré et interviewé les principaux dirigeants du mouvement pour mener son enquête et écrire son livre. C’est déjà une gageure.

Résumer le contenu du livre en quelques lignes est impossible et des choix s’imposent. Hroub commence par évoquer la Charte du mouvement, rédigée en 1988, et dont les dirigeants se sont petit à petit éloigné ; il revient sur les éléments les plus dérangeants du corpus idéologique du Hamas, à savoir la légitimité d’Israël, la conspiration faite contre les Arabes lors de la création de l’Etat hébreu en 1948, le caractère religieux du combat nationaliste. L’auteur revient ensuite sur ce qui fâche : le présupposé antisémite du mouvement, le présupposé anti-sionisme de ce dernier, l’avenir de la présence juive au Proche-Orient.

Hroub ne manque pas de signaler que le Hamas reste délibérément flou sur certains aspects des rapports entre Juifs et Musulmans, entre Israéliens et Palestiniens. Et évidemment sur la question de la reconnaissance d’Israël, clé de l’affaire. Ce n’est pas « inenvisageable » selon lui. Parce que « le pragmatisme et le réalisme dont font preuve ce mouvement face aux problèmes laisse la porte ouverte à un tel dénouement ». C’est peut être aller vite en besogne mais « il faudrait [quand même] que le climat se prêt à un pas aussi décisif ». On en est loin autant pour Israël que pour la Palestine. Longuement, Hroub démontre brillamment l’évolution « pragmatique » du Hamas entre 1988 et 2008, sa place dans le coeur meurtri des Palestiniens et dans le coeur blessé des Arabes. Et vingt années de lutte, cela compte.

Voilà pour le présent. Mais quel sera l’avenir dans la bande de Gaza du Hamas et la Cisjordanie du Fatah… Et du Hamas ? Quel est l’avenir des relations du Hamas avec le monde arabe ? Avec l’Occident ? Difficile de le dire comme toujours au Proche-Orient. Tout peut basculer d’un jour à l’autre. Interrogeant une personne à Gaza sur les raisons de son vote pour le Hamas, il obtint cette réponse « Quand je vote pour le Hamas, je vote pour Allah ».

Est-ce à dire que la prochaine étape, après la prise de Gaza par Haniyeh, sera l’implantation radicale et dangereuse d’Al Quaida ? L’auteur ne cache pas sa crainte, même si le Hamas veille. C’est dire qu’il lui faut se normaliser, et passer du statut de mouvement de résistance Ne reculant pas devant des méthodes terroristes (c’est à dire ciblant des civils innocents) à celui de mouvement politique « fréquentable ». On rachète tout le monde dans le monde d’aujourd’hui. Mouammar Kadhafi le sait bien. Alors, pour rassurer, s’il le peut, le Hamas a tendance – mais est-il crédible ? - à répéter : « We are Erdogan, not Taliban ». Un Hamas plutôt tendance Erdogan, du nom du premier ministre turc « islamo-démocrate conservateur », comme on dit à Ankara, que tendance « Fous de Dieu » comme à Kaboul.

Beaucoup d’incertitudes subsistent, l’auteur le reconnaît. Mais laissons lui le mot de la fin : « Les différences entre ces deux mouvements sont considérables, jusque dans leur nature. C’est pour cette raison que le Hamas tient absolument à garder ses distances avec Al Qaida et ne veut surtout pas s’engager dans une coopération ».

A la bataille mondiale de l’organisation d’Oussama Ben Laden, terrorisme inclus, contre les nouveaux croisés de l’Occident, le Hamas oppose une lutte visant à rendre un territoire aux Palestiniens, un pays à part entière où ils puissent vivre libres. Et l’on ne compte plus les déclarations de ses dirigeants, Ismaïl Haniyeh en tête, selon lesquelles ce territoire pourrait se trouver aux côtés d’Israël, et non prendre sa place...Encore faut-il que s’ouvre l’espace d’un dialogue politique, auquel Khaled Hroub, avec son livre, entend contribuer avec conviction, sans préjugés et en respectant le recul nécessaire face à l’actualité.

Khaled Hroub est né dans un camp de réfugiés palestiniens à proximité de Bethléem. Universitaire et journaliste, il dirige le programme d’études des médias arabes de l’Université de Cambridge, en Grande-Bretagne. Il écrit ponctuellement dans les colonnes de Al Hayat, Herald Tribune, Middle-East Journal et la Revue d’Etudes Palestiniennes et est membre du Queen’s college à Oxford.

Sébastien BOUSSOIS

Journaliste français et chercheur. Docteur en sciences politiques, il s’intéresse plus particulièrement au conflit israélo-palestinien et au monde arabe. Il a collaboré à l’ouvrage de Dominique Vidal, Comment Israël expulsa les Palestiniens ? (1947-1949), aux éditions de l’Atelier, et dirige par ailleurs la collection politique « Reportages » aux Éditions du Cygne. Il a publié cette année Israël confronté à son passé, essai sur l’influence de la nouvelle histoire, chez l’Harmattan et publie en septembre prochain un ouvrage sur Maxime Rodinson. Il écrit enfin ponctuellement dans différentes revues et est l’auteur de romans.

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

Par Urluberlu - le 30 avril 2008

Vivio, la rue palestinienne est avec le Hamas, pourquoi ? Parce qu’Israel pratique une politique de la terreur envers les palestiniens !

Voir un exemple ici

Le Hamas est la conséquence du comportement d’Israel et du comportement de l’ONU qui n’a jamais su s’imposer la bas, n’inversons pas les choses !!!

Enfin, le Hamas n’a JAMAIS déclaré qu’il souhaitait rayer Israel de la carte, il a simplement dit qu’il ne l’a jamais reconnu et qu’il ne le reconnaitra jamais et excuse moi mais c’est exactement ce que dit Israel, la France et les USA qui reconnaissent une "Autorité Palestinienne" mais pas un Etat palestinien...

Les Israéliens ont rayé de facto la Palestine par la colonisation et puis le mur de la honte...

Par Rachid ZANI - le 30 avril 2008
Attention Vivio , faut pas dire "ABBAS" mais ABOU MAZEN au risque de vous faire sermoner par ceux même qui vous payent. Encore une énième et non moins désolante invitation à la propagande où la jubilation suprême atteint son paroxysme devant les réactions dites hystériques crées pour l’évènement. Risque-t-on de voir brûler des drapeaux israéliens sur oumma ? Ce site succomberait-il à l’hystérie provoquée par l’ire des internautes ? voyez vous ça ! pour peu que l’hypocrisie n’atteigne des sommets, il ne manque que les interventions dites "salvatrices" mais o combien intéressées des bhl et consorts, rien que ça ! Sauf votre respect,Vivio, ne croyez vous qu’il faille changer de discours devant autant d’énormités ? Quant le brouillard se dissipe,les consciences s’élèvent. L’heure est aux réformes Vivio ! faut changer de disque...et passer au cd.
Par vivio - le 29 avril 2008
le hamas est un mouvement qui pratique la terreur ;refuse de reconnaitre israel et a pour but de le rayer de la carte ; comment peut on discuter avec un tel mouvement ; sarko a raison ; le seul gouvernement avec qui israel doit discuter est celui de abbas ; israel doit faire des concessions et oeuvrer a la creation d’un etat palestinien viable et pouquoi pas ceder la partie orientale de jerusalem ; il y a dans cette partie du monde la place pour deux etats qui vivraient en bonne entente et pourraient cooperer dans le domaine economique et social ; mais abbas doit parvenir a enrayer l’influence du hamas afin que celui ci accepte de reconnaitre israel
Par elham - le 29 avril 2008

Pas plus tard qu’hier une famille palestiniène (une mère et ses 4 enfants) est décimée par un obus israëlien au nord de gaza, au moment où elle prend son petit déjeuner.

Israël ne veut pas la paix, point bare. Ils ont constamment oeuvré de manière irréversible pour qu’il n’y aura pas de paix, voilà pourquoi :

- Si vous regardez la carte des territoires palestinièns, vous verrez que c’est truffés de centaines de colonies à la taille d’une ville, au coût exhorbitant. on s’en souvient qu’ Olmert a ordonnée la construction d’une nouvelle colonie près de jerusalem-est (partie arabe), à peine rentré des discussions de paix avec Abbas d’Annapolis.

- d’autre part,l’idéologie sioniste, qui est une idéologie raciste, expansioniste et impérialiste, croit en la grande israël, englobant toutes les états limitrophes de la palestine est toujours toujours d’actualité.

Ceux qui aspirent à une paix juste et en douceur avec israël, à un état palestinièn libre et indépendant, même sur les territoires connus en 2008, peuvent toujours rêver.

le 29 avril 2008
pour les dirigeant ocidentaux la démocratie doit seulement exister dans l occident.Les autres pays sont pour eux des usines de recyclage.La preuve est flagrante lorsque le hamas a gagné les election démocratiquement ,on a tout de suite isoler le mouvement en dépit de ses capacités à se reformer de la scene internationale.Je ne crois plus à l humanisme des dirigeant occidentaux envers le peuple du tiers monde ni aux au peuple du moyens orient. Pour le tibet je sais que c est juste pour s’en prendre à la puissance economique chinoise. Beaucoup de ces medias sont des impostures anti chinois.
Par Lola - le 29 avril 2008

L’Etat d’Israël a voulu faire de la vie des palestiniens qui ont l’outrecuidance de vouloir rester chez eux, un enfer. La leçon qui vaut pour nous tous est qu’un puissant peut faire de votre vie un enfer. Il lui est loisible de projeter sur vous tout ce qu’il y a en lui de mauvais.

Le défi est là : préserver coûte que coûte son humanité, sa dignité d’Homme.

Hamas ou Fatah, ils sont avant tout palestiniens et se battent pour le rester, ancrés à leur terre : la Palestine.

Le drame est là mais la Gloire l’accompagne.

Par ibrahim - le 29 avril 2008
Ne perdons pas d’objectif ! Au final, on veut une paix juste et équitable. Car sans la justice, il sera difficile d’obtenir la paix. Et cela est triste pour les victimes de cette situation. Appelons à une paix des braves !
le 29 avril 2008

Hier c’était Harafat le problème, ils l’ont supprimé et maintenant c’est le Hamas. Tout ça c’est du blabla dans le vent, le Hamas n’est qu’un peu de la dignité palestinienne. Le Hamas n’y est pour rien dans la position occidentale, celle-ci poursuit un objectif et veut fixer sa loi dans le monde arabe.

Le problème Hamas pour les occidentaux n’est pas lié à ce qu’il est ou à sa résistance armée, il est lié à ce qu’il représente dans le monde arabe : la résistance. En brisant toute forme de résistance, les occidentaux mettent au pas le monde arabe dans sa globalité.

Cela est en grande partie réalisé depuis l’invasion de l’Irak, les seules poches de résistance qui subsistent sont le Hamas, le Hizbollah, la Syrie, l’Iran et le Liban qui cristallise la résistance de la diversité arabe face aux croisés et aux sionistes.

Que ce soit en Europe de l’Est, au maghreb ou au moyen-orient, les pro-occidentaux sont issus de la corruption et du banditisme, c’est sur l’arrivisme que l’occidentalisme s’implante.

En Tunisie, Ben Ali, dictateur meutrier, président à vie et Sarkozy dit qu’il ne veut pas se poser en donneur de leçon sur les droits de l’Homme. Bien entendu, ce régime est dans la ligne directe de ce qui plaît aux occidentaux, un monde musulman bayonné et étouffé, dressé au fouet, enivré d’alccol et nourri à la gamelle.

Par Rachid ZANI - le 29 avril 2008
C’est bien la question qui repasse en boucle sur les chaines de télés et autres journaux : faut-il négocier avec le hamas ? M. sarkosy à qui le journaliste posa la question,jeudi dernier, parût offusqué :" "peut-on discuter avec ses gens comme avec les iraniens qui veulent rayer israel de la carte ? NON." Bien entendu c’est dans l’air du temps, à la mode. C’est quand même marrant, sitôt qu’un évènement survient et qui ne correspondant en rien aux dessins des dirigeants sionistes, comme la résistance héroique du hezbollah face à l’armada israelienne en 2006 , une orientation politique nouvelle voit le jour.On découvre par exemple aujourd’hui qu’israel se demande s’il peut discuter avec le hamas. La question est posée et voilà qu’aussitôt les cerbères de la télé,les roquets de l’empire médiatique reprennent en chœur, se ruent sur les brancards en inondant de son fiel subliminal pour recueillir l’avis d’une population assujettie. Et lorsqu’ils auront leurs réponses , ils s’en iront colporter leurs basses besognes aux dirigeants sioniste et ces derniers d’étudier, de prendre les décisions nécessaires et d’ informer leurs alliés de l’attitude à adopter et des mesures à prendre.Alors vous pensez bien le téléphone de M.SARKOSY n’a pas encore sonné. L’occident montre des signes d’essoufflements et n’apportent plus les réponses suffisantes que l’humanité est en droit d’attendre. La corruption, la dépravation,la famine, les maladies sont notre quotidien. L’immoralité règne et franchement nos enfants ne méritent pas ça. Il est peut-être temps que l’occident cède sa place... Seulement il y a un blème : quand on a connu le sommet, c’est difficile de "renoncer". Et il va bien falloir redescendre !

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