Un gros mot 
Par Laurent Lévy
mercredi 14 mars 2007
« Évoquer l’identité nationale, ce n’est quand même pas dire un gros mot », proteste Nicolas Sarkozy !
Si.
La polémique fait rage, et c’est bien comme ça, après que Nicolas Sarkozy a évoqué la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». Le plus souvent, il lui a été répondu, à juste titre, sur ce qu’il y a de scandaleux à mettre dans le même sac ces deux thèmes, laissant entendre que l’immigration serait cause de dommages à l’identité française.
On pourrait s’amuser de voir ces remarques faites par diverses personnalités, émanant de divers courants politiques, qui n’ont jamais hésité à mettre ensemble les mots « immigration et insécurité » (comme si l’insécurité, réelle ou supposée, résultait de l’immigration), ou encore les mots « immigration et laïcité » (comme si l’immigration faisait courir un risque particulier au principe de l’indépendance de l’État vis à vis des églises).
S’agissant de la proposition du Ministre de la chasse à l’enfant, on pourrait également ironiser, en se demandant quelles administrations dépendraient d’un ministère de « l’identité nationale ».
Mais le plus surprenant à vrai dire, est que les critiques – qui n’ont généralement pas contesté l’idée d’un « ministère de l’immigration » aient semblé tenir pour acquis qu’était légitime de vouloir préserver cette fameuse, et semble-t-il sacro-sainte « identité nationale ». C’est plus, donc, l’association de ces deux thèmes, que chacun d’eux pris à part, qui est apparue scandaleuse.
Et pourtant…
S’agissant de l’immigration, l’idée de lui conférer son propre « ministère », quand même le nom de ce ministère ne ferait aucune référence à « l’identité nationale » ne va pas sans interroger : elle présume en effet que « l’immigration » est un tel problème qu’il faille rassembler entre les mains d’un seul ministre l’ensemble des compétences qui la concernent de près ou de loin ; telle est l’explication que Nicolas Sarkozy en a expressément donnée. Or, ce dont les populations immigrées, toutes générations confondues, on besoin, ce n’est pas qu’on s’occupe spécifiquement d’elles : c’est que la société change – y compris dans les rapports qu’elle entretient avec elles.
Quant à « l’identité nationale », de quoi parle-t-on ? De quel projet ethnique ? Même la Serbie de Milosevic n’a pas connu de « Ministère de l’identité nationale ». L’affirmation qu’il existerait une telle « identité », susceptible de faire l’objet de politiques publiques, est en elle-même scandaleuse. L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis. Elle se construit autour des marches militaires. Elle en est le corollaire. La haine est la face cachée de la nation. Et vice versa.
Il arrive, dira-t-on, que les nationalismes portent des combats émancipateurs. On rappellera par exemple les nationalismes des colonisés, des dominés. Voire. Même dans ces cas là, l’idée nationale, singée sur celle du dominant ou du colonisateur, apprise dans ses écoles, par la lecture de ses grands auteurs, reprise de son folklore d’évidences intimes, pourrait bien être mise en question, comme le dernier cadeau, empoisonné tout à loisir, de la puissance que l’on entend mettre à bas.
Mais ce n’est de toutes façons pas ce dont il s’agit avec le « ministère de l’identité nationale » proposé par Nicolas Sarkozy. Il s’agit au contraire de flatter le narcissisme de tous les amoureux de « grandeur nationale », de ceux dont la bouche dégouline de « rôle de la France », de ceux qui sont « fiers d’être français », comme s’il s’agissait d’une noblesse, corollaire sans doute de la « honte d’être étranger ».
Si la proposition du candidat de l’UMP est raciste, ce n’est pas seulement par la façon dont elle articule deux problématiques qui auraient dû demeurer séparées. C’est parce qu’il avance l’une et l’autre.
Laurent Lévy
Auteur du livre " Le spectre du communautarisme" aux éditions AmsterdamDu même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article
Bonsoir, Je souhaite répondre à Mr D. qui trouve le site intellectuellement malhonnête sous couvert qu’il est emprunt du nom de OUMMA signifiant littéralement : COMMUNAUTE. A l’approche d’une élection majeure, il est nécessaire d’entendre toutes les composantes de ce pays et notamment les "gens comme nous" issus de l’immigration et laissés pour compte sur le bord du chemin de la vie. Or et j’en veux pour preuve , les"gens comme nous"ne peuvent pas s’exprimer car nous souffrons de la peur ambiante de l’autre qui fait rage en FRANCE. OUMMA a eu l’intelligence de canaliser toutes nos frustrations en inversant son processus latent qui peu à peu se dissipe laissant la place à une formidable envie de reconstruction. OUMMA n’est pas intellectuellement malhonnete mais intellectuellement .........bon.
Etes vous doués de raison ? Je ne pense pas ! On observe des associations de jeunes beurs (ex : Ville d’Argenteuil) qui soutiennent Sarko. Je tiens à vous dire que vous êtes manipulés au plus profond de vos âmes ! Si vous attendez un retour quelconque de Sarko et bien vous avez déjà les pieds dans un trou ! Ce personnage comme un certain nombre de maire de Droite élus actuellement depuis 5 ans ont promis des choses (jobs,appartements, etc) à des jeunes qui ont participés à leur soutien (ex : Ville de Colombes, beaucoups de déçus !). Malheureusement, pour ces jeunes rien de concrès ! Ils s’en mordent les doigts jusqu’à l’os ! et désespèrent toujours après 5 ans ! Réveillez-vous un peu ! pensez à vos frères et soeurs, vos amis des pays du Maghreb, de l’Afrique qui ne pourront pas vous voir en France, des jeunes et moins jeunes qui seront pour un rien conduit directement en prison et voir des familles déchirées ! Pensez à vos pères et mères qui ont construient cette France depuis toujours ! Etes vous des imbéciles acros du matériel et de cette vie éphémère ? Je suis bien placé pour avoir observé ces jeunes qui ont échoués à force de soutenir la Droite. Ne dépends pas de ces politiciens injustes qui tiennent en dehors des antennes TV un discours trés vulgaire !!! Ceci est un message sincère, je vous rappels que je suis bien placé pour voir cette injustice au sein dèjà même des collectivités de Droite (UMP). Sarko est un humain certe, mais s’en fou des musulmans et de ses propres électeurs.
Il a raison M Sarko, l’identité nationale, l’identité française existe et elle a même était définie clairement dans " le petit catéchisme révolutionnaire" paru en 1790 et qui était consultable lors de l’ouverture au public des trésors de l’Assemblée nationale il y a deux ans. A la question " qu’est-ce qu’un français ?? les bons français répondaient : " un français, c’est un homme libre !" et voilà pourquoi la France est devenue la Patrie des droits de l’homme parce qu’elle notre terre était ouverte à tous les hommes libres et, à cette époque pas question de droit du sang ou droit du sol, aimer la liberté, c’était aimer la France et du même coup être FRANCAIS !!! Notre patrimoine, c’est d’abord ça M sarkosi : être français, c’est être un homme libre, et ouvert à l’autre et désireux déradiquer toute la misère du monde !!!
C’est tout de même ahurissant de lire un commentaire aussi spécieux que celui de D.
"N’oublions pas aussi, que les plus grands colonisateurs ont été les Arabes en Afrique du Nord, en Inde, en Espagne..."
Qu’il suffise de dire à ce D., s’il croit à ce qu’il dit et veut bien s’en tenir aux données historiques, qu’il n’y a jamais eu e "colonisation" de la part des “Arabes". Conversion à l’Islam de tribus entières, oui, puisque c’est encore la norme dans les sociétés tribales. Il y avait eu pareillement, conversion généralisée des mêmes tribus, au Christianisme, voire, pour beaucoup aussi, au Judaïsme. Dirait-on que l’Afrique du Nord était "colonisée" par les chrétiens et les juifs, avant sa conversion massive à l’Islam ? Les mots ont un sens, que monsieur D. devrait réexaminer, ainsi que revoir l’ensemble de ses connaissances. Vaste programme...
Bon article !
J’ai 40 ans et je suis né en Algérie. Arrivé à 6 mois dans les années 1966 en France, je dispose de la nationalité française et je suis français d’origine algérienne. Je ne connais pas l’algérie.
J’ai eu une enfance heureuse en compagnie d’un juif, d’un antillais et d’un vietnamien. Très tôt, j’ai goûté aux joies des couleurs et des cultures.
J’ai réellement souffert de mon identité à l’école (engrenage éducatif des parents racistes). Au lycée, lors du développement de l’esprit critique où on me repoussait sans cesse vers mon identité d’origine, à croire que mon identité nationale n’était pas franchement reconnue.
Dan le monde du travail, la boucle et la cerise sur le gâteau ! J’ai 40 ans et je suis diplômé en gestion des entreprises et Finance, j’ai un bon niveau général et je souffre toujours de mon identité nationale.
Je crois que l’on devrait avouer que le Lycée et plus, y compris le monde du travail en se limitant qu’à ces 2 éléments, sont des lieux où l’identité nationale n’a pas sa place.
J’ai finalement pris la décision de m’installer au Portugal, mes origines pose moins de problèmes là-bas. Et, je vais développer de l’emploi grâce au programme FEDER de l’Union Européenne. Je poursuis des études pour réussir mon expertise comptable et gérer au mieux mes futures entreprises au Portugal en m’aidant des prêts sans intérêt d’une banque à Londres.
Sarkozy ne comprend pas des milliers d’hommes et de femmes. Cependant, il parle au nom des français et contribue à développer un esprit de fierté nationaliste français qui est sujet à réflexion.
Attention, je ne veux pas de cette France pour mes enfants. Je parle plusieurs langues étrangères dont le portugais (arabe, anglais, chinois, allemand, italien, espagnol, français et polonais que je maîtrise couramment).
Avec l’Europe, on devrait avoir honte de parler d’identité nationale, car nous sommes européens !
Cordialement,
Amari
intéressant ! Sur OUmma il y a une revendication identitaire : le titre même du site est signifiant mais par contre refuse cette notion aux autres...
Plutôt malhonnête intellectuellement !
N’oublions pas aussi, que les plus grands colonisateurs ont été les Arabes en Afrique du Nord, en Inde, en Espagne...
Je suis d’accord que la colonisation n’est pas une bonne politique mais vous connaissez les Evangiles ?
Avant d’enlever la paille qui a dans l’oeil de ton voisin enlève la poutre qu’il y a dans le tien...
Cordialement D.
Merci à M.Laurent Lévy pour son article.Il est vrai que l’association immigration-identité -nationale implique une foule d’interrogations.Si le concept d’immigration est clair,l’identité-nationale le devient beaucoup moins,donc,la seule carte d’identité devient caduque comme elle l’est pour MM Le Pen et de Villiers.Tout se passe comme si les 2 concepts agissent en duo de vases communicants ou ,comme on dit en philo,en dialectique.D’abord,tout le monde essaie de s’approprier le symbole France.Mais,s’agit-il de la France de Hugo,Voltaire,Rousseau ou celle de Gobineau et de Maurras ?Nous rappelons aus détenteurs de l’anti-immigration que le livre de Barrès "Les Déracinés" parle d’immigrants bretons à Paris ;;eh oui !Dans ce contexte,"l"espace vital" cher à Hitler ne sera plus "un gros mot".
Il faudrait que l’on m’explique..
Certains s’offusquent que d’autres se battent pour changer le pays, changer sa politique ou combattre des idées extremistes, comme celles de Sarkozy. Ensuite, ils rétorquent : "si vous n’êtes pas d’accord, pas content, quitter ce pays !!"
Leurs demande t-on de quitter le pays quand ceux là même s’offusquent de la hausse des impôts, du carburant, du tabac, du CNE, des 35 heures etc etc..
M. Sarkozy (et ses compères), ce pays est le mien autant que le vôtre..et dans ce pays j’ai le droit de ne pas être content sur tout sans que l’on me demande de quitter le territoire national !
Le petit Sarko sait trés bien qu’il a besoin de flatter l’electorat extremiste de droite pour pouvoir l’emporter. Et pour cela, il est prêt à vendre son âme au diable. IL ne défent pas des idées mais une ambition personnelle d’arriver à la plus "haute marche". Ceci explique ses contradictions et ses revirements fréquents. Ce qui est choquant, ce n’est pas l’idée d’une identité nationale, ce qui peut se comprendre, mais c’est la juxtaposition de 2 termes : immigration et identité nationale. Il reprend pour son compte les théses de l’extrême droite : Si ça va mal, c’est la faute de "l’autre". Tout le monde sait que :
La question de l’identité nationale pose en effet la question de l’Etat-Nation.
L’État-nation est un État qui coïncide avec une nation, c’est-à-dire la coïncidence entre une notion d’ordre identitaire, le sentiment d’appartenance à un groupe, la nation, et une notion d’ordre juridique, l’existence d’une forme de souveraineté et d’institutions politiques et administratives qui l’exercent, l’État.
Soit l’État préexiste à la nation, et l’on cherche ensuite à développer un sentiment national. Ce sentiment national a été renforcé en France notamment par l’obligation d’utiliser le français dans les actes administratifs, imposé par François Ier par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, la création d’une école gratuite laïque et obligatoire par Jules Ferry à la fin du XIXe siècle, l’instauration du service militaire, mais aussi la création de divers symboles républicains comme : Marianne, l’hymne national, la devise...
Soit les individus qui se reconnaissent d’une même nation manifestent leur volonté de vivre ensemble, en se dotant d’un État. On parlera donc d’une nation-État, dans laquelle un groupe d’hommes ayant pris conscience de son unité nationale a donné naissance à un État. Ceci a été le cas en Allemagne par exemple.
Les propos de Sarkozy s’inscrivent dans une tradition française visant à l’uniformisation culturelle, ou plutôt l’assimilation imposant ainsi un modèle jugé supérieur aux autres identités qu’elles soient religieuses ou ethniques. C’est pourquoi l’Etat-nation à la française a des relents coloniaux incontestables.
M.Levy,
Vous pouvez décliner votre phrase de trois manière :
La votre :
" L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis. Elle se construit autour des marches militaires. Elle en est le corollaire. La haine est la face cachée de la nation. Et vice versa."
la mienne :
"L’identité religieuse, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis. Elle se construit autour des conversions. Elle en est le corollaire. La haine est la face cachée de la religion. Et vice versa."
l’universelle :
"L’identité de groupe, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis. Elle se construit autour du rejet de l’autre groupe. Elle en est le corollaire. La haine est la face cachée de l’identité de groupe. Et vice versa."
On récolte toujours ce qu’on sème : la revendication identitaire s’accompagne toujours de la revendication identitaire de celui d’en face. Comment les hommes n’ont-ils toujours pas compris cela ? Vive la citoyenneté individuelle !
1/ La nation est une identité. L’oumma ne prétend elle pas être "la nation musulmane" ? Donc de deux choses l’une : on se définit par la religion, et alors les états nation sont abolis (bonjour le retour au moyen age et la fin de la liberté de choix et de conscience !) ou alors on se définit par la citoyenneté, et l’état nation doit être une réalité identitaire. Il n’y a pas d’entre deux. La citoyenneté est une identité emencipatrice qui s’oppose aux identités soit disant transmises par le sang (par ex les religions)
2/ En quoi l’identité nationale serait elle une identité ethnique ? Elle ne l’a jamais été en France et c’est ne rien comprendre à la citoyenneté et au droit du sol que de proner le contraire. Etre français n’est pas être blanc, ni noir, ni catholique, ni brun, ni blond ! Faire le lien entre identité nationale et identité ethnique est l’apanage des racistes. C’est hélas le discours dans lequel M.Levy se répend depuis maintenant fort longtemps.
M.Levy, les citoyens sont libres, ils ne sont pas "marqués" à la naissance, ne vous en déplaise. L’identité Française est ue identité citoyenne basée sur un concept abstrait. Le contraire des identités du sang que vous défendez tant.
Il faudrait d’autre laurent pour se soulever contre cette politque intolérente et raciste. Que font les défendeurs de la liberté, de l’égalité et de fraternité. Il faut que les Michel, les Dupont, les Martin, les François et Françoise se lévent et marchent comme d’un seul homme, afin de manifester et condamner ces actes et paroles inhumains, et disent haut et fort non au racisme, non à une France uniraciale, xénophobe comme lors d’avril 2002, où la France s’était levé contre l’arrivée de Lepen au second tour. N’attendons pas que le mal soit fait. Il faut agir et non pas réagir. J’espère que la France ne deviendra pas la France de Pétain, collaboratrice et vendue !
J’approuve l’intégralité de ce texte de L. Lévy. Le sens de l’identité nationale à la sauce sarkozyste signifie en effet comme l’ a rappelé Laurent Lévy dans sa conclusion : "Il s’agit au contraire de flatter le narcissisme de tous les amoureux de « grandeur nationale », de ceux dont la bouche dégouline de « rôle de la France », de ceux qui sont « fiers d’être français », comme s’il s’agissait d’une noblesse, corollaire sans doute de la « honte d’être étranger ».
C’est dans ce passage que se trouve les véritables raisons de la sortie verbale sarkozyste
L’analyse de Laurent Lévy répond admirablement aux propos édifiants de Sarkozy qui malheureusement n’en est pas à sa première incartade. Merci Laurent Lévy pour cette réponse que je trouve d’une grande finesse.
Sarkozy ne cesse de nous lanciner : "si on laisse faire, c’est un deuxième 21 avril que l’on aura".
Le problème c’est qu’il agit en adhérerant à des thèses extremistes (sans s’en rendre compte ?). Il devient calife à la place du calife, xénophobe à la place du xénophobe, tout en se défendant de l’être.
Mais M. Sarkozy ignore t-il que ses nouveaux compères Le Pen, De Villiers ou Mégret se défendent aussi de l’être ? Alors que nous savons pertinement qu’ils le sont, lui même le confirme.
Ce n’est pas parce que l’on se défend d’être xénophobe que l’on ne l’est pas. On le devient par des actes, des mots, des phrases, une accumulation de conneries, comme ça a été le cas avec LePen et aujourd’hui Sarko : "karcher, racaille, identité nationale, charters , la france des croisades, aime la ou quitte la, excision, mouton dans les baignoires, etc etc etc.
Je voudrais tout d’abord rassurer Michel Renard, qui voit dans mon article une manifestation de « haine de soi ». Je m’aime bien, ça va, merci. Je n’ai aucune détestation pour ce que je suis : y compris pour cet aspect de mon identité qui consiste à être français. Français de naissance, né de deux parents français de naissance, même si mes quatre grands parents sont nés de quatre nationalités différentes.
Je ne déteste pas la France. Je ne l’aime certes pas plus que je n’aime, par exemple l’Italie. Mais je trouve que la France est un beau pays. Si je devais choisir le pays de ma résidence, c’est peut-être celui-là que je choisirais. Pour autant, je ne pense pas que la société française soit idéale, et je lutte d’ailleurs pour la changer – et mon engagement pour la candidature de José Bové n’est qu’un aspect de cela.
Par contre, ce que je déteste, c’est le nationalisme. Que l’identité française soit une part de mon identité – laquelle est multiple, comme celle de chacun d’entre nous, faite de mille composantes, etc. – cela ne signifie pas que je la tiens pour « identité nationale ». Car j’y insiste, la référence nationale, c’est celle de l’exclusion.
Quand Nicolas Sarkozy dit par exemple, pour magnifier l’identité nationale française, que la France n’a pas inventé la Solution Finale, on peut s’interroger. D’une part, ce n’est pas tout à fait exact, dans la mesure où la pensée française a largement irrigué celle des inventeurs de cette « solution » ; d’autre part, parce que l’État français s’en est rendu largement complice. Mais là n’est pas la question : Dans le propos de Sarkozy, il y a l’idée d’une « supériorité » française ; l’idée aussi que la Solution Finale a été inventée par un pays, dont l’identité nationale est donc moins bonne, moins belle, moins aimable que celle des français. Ce sont sans doute les Allemands qui seront contents de l’apprendre, puisque c’est nécessairement d’eux qu’il s’agit. Je préfère dire que la Solution Finale n’a pas été inventée par une « nation », mais par des hommes, pleinement responsables de leurs actes, sans qu’il soit nécessaire d’en juger coupables ceux qui n’ont rien fait.
De ce point de vue, je voudrais répondre à Louis, qui évoque les mouvements nationaux anticolonialistes, et cite Ferhat Abbas. Il me semblait, dans les limites de ce très bref article, qui est plutôt un billet d’humeur qu’une analyse patiente, avoir répondu par avance à cela. Sans doute, le « nationalisme de l’opprimé » a-t-il des raisons de ne pas être mis exactement sur le même plan que le « nationalisme de l’oppresseur ».
Pourtant, ma conviction est que la forme « nationale » prise par bien des mouvements d’émancipation n’est que le fruit du succès mondial du thème très occidental de « l’État-Nation ». C’est parce qu’ils ont pensé dans le langage de leurs oppresseurs que les opprimés se sont inscrit dans une perspective état-nationaliste. Il faudrait beaucoup d’espace pour développer cette idée que je me borne ici à soumettre à la réflexion de tous.
J’ai conscience de ne pas répondre à toutes les objections : le but d’un billet d’humeur est aussi de provoquer la réflexion. Celle sur les cadres nationaux et nationalistes de la politique me semblent essentielles dans les combats à venir.
Effectivement, pour faire suite au dernier commentaire, je ne vois en quoi le Royaume-Uni est redevable à la France pour l’instauration de la démocratie ??????? Si vous parlez de grandeur les britannique se sont montrés plus civilisés pour atteindre leurs droits (pas de massacres à tout de la noblesse). L’identité national dont parle sarko ne veux rien dire, elle est là pour flatter l’esprit raciste qui sommeille en chaque français "de souche". Moi j’ai vraiment envie que sarko soit élu pour que les Français paient cher leur connerie de l’avoir suivi.
C’est lui qui a dit ensemble, tout est possible : il faut savoir à qui s’adrsse-t-il, et le tout y compris le racisme démocratique est possible.
Alors, n’éttonez pas par ces propos c’est un moderé mais on ne sait ni de quel milieu ni son degré de modiration.
Et ce n’est pas par hasard que Chirac n’a pas prononcé son soutien à Sarko, il préfère plutôt Bayrou.
L’intervention du post de Michel Renard est intéressante dans sa démonstration, même si elle trouve ses propres limites par la mise en exergue de cette citation de l’historien Theodore Zeldin :
"Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe
Cette citation est aussitôt démentie par la réalité historique de plusieurs pays dont l’instauration de la démocratie ne doit rien à la France. Je pense notamment aux pays de l’Est, ou encore les pays de l’Amérique latine. En revanche, la France est en parti responsable par sa politique de colonisation meurtrière de la déstructuration du tissu économique, social et identitaire des pays qu’elles a colonisés. Nul besoin d’évoquer ici les différents massacres coloniaux perpétrés par la France.
Je n’ose également évoquer le soutien inconditionnel apporté par la France à certaines dictatures africaines et mêmes arabes. Soutien qui entrave l’évolution démocratique à laquelle tous ces peuples aspirent légitimement.
Vous concevrez aisément Michel Renard que certaines nations ne s’inscrivent pas dans la reconnaissance de dette à l’endroit de la France que souligne Theodore Zeldin.
Décidément, les commentaires que j’ai lu concernant des points politiques pour une meilleure intégration de ceux qui veulent partager nos valeurs, me consterne. Quoi de plus naturel que d’apprendre la langue du pays qui vous accueille , ses valeurs, de s’y intégrer par tout les moyens, de se plier a ses obligations, a son mode de vie, a ses valeurs, mais aussi de bénéficier des memes avantages que nous, logement travail, respect de la religion etc, et bénéficier ainsi d’une vie décente et pleine d’avenir, mais pour coordonner tout ca il faut effectivement un ministère spécifique et avec des pouvoirs étendus.
Ce que Sarkozy et ses acolytes entendent par identité nationale, c’est tout simplement une politique d’assimilation ou tous les immigrés ou enfants d’immigrés sont invités à dissoudre leur origines dans la société française, pour faire deux des citoyens consumériste dans une société ultralibéral que Sarkozy veut perpétuer avec plus de vigueur. Produire et consommer tel est le leitmotiv de Sarkozy et ses amis.
Bonjour,
Laurent Lévy a décidé de s’affirmer par la haine de soi. C’est son droit. Mais cela le conduit à des considérations d’une ridiculité intellectuelle consternante.
Ainsi, cette phrase : "L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis". Et alors... ? Quel mal à cela ?
La Déclaration des Droits de l’homme - dont on aura du mal à prétendre qu’elle n’est pas un élément de l’identité française - se définit par rapport à des ennemis qui sont la tyrannie, "l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme"... N’est-ce pas louable ?
L’historien britannique d’expression française, Theodore Zeldin, a écrit dans les années 1970 une Histoire des passions françaises. On y trouve ce développement à propos du "rôle novateur" de la France dans l’établissement de la démocratie :
"Il est vrai que la France a été le premier pays à adopter le suffrage universel. Elle a secoué le monde entier avec sa Déclaration des droits de l’homme, son usage répété de la révolution pour renverser des gouvernements arbitraires ou impopulaires, son triple principe de liberté, d’égalité et de fraternité et les chances de carrière qu’elle a offert au talent. Aussi son histoire ne concerne-t-elle pas seulement ses propres enfants, elle est également inséparable de celle de la modernisation survenue à chaque coin du globe. Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle." (Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points-Seuil, 1981, p. 446 [conclusion])
On peut dire cela en dehors de tout "projet ethnique", sans penser que "la haine est la face cachée de la nation" comme l’écrit Laurent Lévy... D’autant que l’historien britannique complète son constat par celui des limites concrètes d’un tel rôle :
"Il n’est cependant pas douteux que la société française telle qu’elle émergea de ces révolutions a progressivement cessé d’être un modèle. Des crises politiques répétées ont permis de penser que la démocratie, même en France, a échoué. La diversité d’opinions et d’intérêts semble avoir débouché sur l’immobilisme. Les privilèges sociaux n’ont pas été éliminés. Nombreuses sont les contradictions flagrantes entre les grands principes proclamés par les Français et la façon dont ils se sont comportés dans la pratique." (ibid.).
La lucidité historienne peut ainsi mêler des réflexions sur l’identité nationale (sans racisme nationaliste) et sur les limites des grands principes (sans haine de soi pathologique).
Ce à quoi était parvenu Fernand Braudel qui, écrivant au soir de sa vie L’identité de la France (1986) livrait son sentiment en prenant soin de de dire qu’il "n’interviendrait guère dans les pages de (son) ouvrage" :
"Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion exigeante et compliquée que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j’accepte moins facilement".
Laurent Lévy dira-t-il que Braudel fut raciste, xénophobe et pétainiste... ?
Michel Renard
Plutôt inteéressant votre article Monsieur Laurant Lévy, mais sachez qu’il n’ y pas que Nicolas Sarkozy qui défend l’identité nationale, Madame Royal s’est également proposé de le faire :
"Ségolène Royal s’est engagée lundi soir à Paris, devant un parterre d’intellectuels et d’artistes, à défendre "l’identité nationale" en promettant qu’elle ne disparaîtrait pas "dans la mondialisation ou le repli sur soi"."
Votre texte M. Lévy est bien argumenté, même si certains point mériteraient d’être développés.
Le ministère que Sarko veut créer a des relents pétainiste. A l’heure de l’europe, Sarko veut revenir en arrière avec la mise en place de frontière, qu’il souhaite infranchissable pour protéger ce qu’il appelle "l’identité nationale" sans pour autant la définir. Il faudrait peut-être poser la question aux beurs de service qui soutiennent Sarko, pour savoir ce qu’ils pensent de l’identité nationale.
Sarkozy est une menace pour la démocratie. Ce type divise la communauté nationale. Il est urgent de lui faire barrage au second tour.
Sarkozy ne sait plus quoi dire. En chute dans les sondages, et en bon démago qu’il est , il n’hésite pas à stigmatiser "les immigrés" en se posant comme le défenseur d’une fantasmatique identité nationale, lui Sarkozy dont toute la culture politique et économique est importée ses Etats-Unis.
Sarkozy est le politicien français qui veut détruire le système social français, et refondre le code du travail français. Bref, le peu qu’il reste de modèle social national, Sarko veut le détruire, lui le pro-américain qui est plus préoccupé par la défense du modèle US.
Très bien envoyé Laurent Lévy, excellent !
La France ne reconnait aucune communauté. La seule communauté est la République où chacun est le bienvenu.
En quoi Monsieur Lévy, parler de l’identité nationale est un gros mot. La France a un passé , une histoire vouloir la sauvegarder est légitime. Ce qui est illégitime et honteux est le racisme.
Quand LAURENT LEVY ECRIT : "L’identité nationale, toujours et partout, se définit par rapport à ses ennemis. Elle se construit autour des marches militaires. Elle en est le corollaire. La haine est la face cachée de la nation. Et vice versa."
Loin de là M. Lévy, les mouvements révolutionnaires anti-coloniaux ont usé du paradigme de l’identité nationale mêlée à celui de l’injustice sociale et politique pour forger une doctrine révolutionnaire dont l’identité nationale était le susbtrat idéologique (FLN entre autres).
Souvenons-nous des propos de Ferhat Abbas ( ex président du GPRA) qui affirmait "qu’il a cherché l’identité nationale algérienne même dans les cimetières et qu’il ne l’ a pas trouvé".
Des propos tenus par Ferhat Abbas , alors que ce dernier plaidait à l’époque pour l’application "d’un peu de justice" pour les indigènes mais pas pour l’indépendance de l’Algérie.
Au conraire de Messali Hadj fondateur du PPA, qui évoquait depuis le début de son parcours de militant, l’identité algerienne pour en faire un levier politique révolutionnaire et un ferment d’unité entre tous les algériens qui étaient spoliés notamment dans leur identité.
Evoquer l’identité natinale dans ce cas précis est salvateur.
Sarkozy pense accéder à la magistrature suprême en tenant un discours digne de celui de Le Pen. C’est ce qu’on appelle la lepénisation des esprits.
Il n’y a plus rien de choquant dans la proposition de Sarko.
Facile de prendre les gens pour des idiots : Ce "politque" est en place depuis 5 ans a commis tous les "dérapages" possibles, à fait des dommages de fond aux musulmans et il y a encore de soit disant "pucelles" pour crier au scandale
